Presse cinéma: De nouveaux acteurs se frottent aux stars des kiosques

CINÉPHILIE Chez les marchands de journaux ou sur tablette, des amoureux des films cherchent à parler de cinéma autrement...

Fabien Randanne

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«Bande à Part», et «La Septième Obsession», «Rockyrama» sont trois titres atypiques de la presse cinéma.
«Bande à Part», et «La Septième Obsession», «Rockyrama» sont trois titres atypiques de la presse cinéma. — Victor Point

Certains cinéphiles ne jurent que par Les Cahiers du cinéma ou Positif. D’autres, une fois sortis des salles obscures, préfèrent plonger leurs yeux dans les pages de Première, Studio Ciné Live, CinémateaserSo Film ou encore Mad Movies… Mais en dehors de ces mensuels bien identifiés dans les kiosques, plusieurs autres magazines, plus discrets, sont prêts à se laisser feuilleter.

A l’heure où la presse papier est en crise et le lectorat de plus en plus volatile, ces titres tentent l’aventure, guidés par leur amour du cinéma, convaincus que la passion qui les meut fera son chemin jusqu’aux lecteurs potentiels… Le 5 octobre, La Septième Obsession est le dernier en date à s’être lancé. 20 Minutes vous le présente, ainsi que deux autres de ses « concurrents ».

  • Le plus récent : « La Septième Obsession »

 

Un aperçu du premier numéro de « La Septième Obsession ». - La Septième Obsession

 

Casting : L’équipe de rédaction est composée de journalistes, mais aussi d’étudiants et d’universitaires, âgés de 20 à 50 ans.
Teaser du dernier numéro (octobre-novembre) : Un dossier qui tente de répondre à la question « A quoi rêvent les cinéphiles ? » (plaidoyer « pour un cinéma populaire », entretien avec Jean-Baptiste Thoret…) ; une section Boussoles qui comprend entre autres un article sur la cinéphilie en Iran et un autre sur le rapport des Tchadiens au cinéma, des analyses critiques (Knight of Cups, Le Fils de Saul, Crimson Peak, Mad Max : Fury Road…), des interviews (Caroline Champetier, Tsui Hark…).
La note d’intention de Thomas Aïdan, le rédacteur en chef : « Chaque mois, nous mettrons en avant une thématique ou un film qui nous obsède. On veut proposer une grille de lecture pour mieux appréhender le monde contemporain. Notre équipe veut mélanger les âges et les genres, apporter de nouveaux noms, de la fraîcheur dans la presse cinéma. Notre positionnement est haut de gamme. On se focalise sur les 18 - 26 ans, qui nourrissent leur cinéphilie aussi bien dans les cinémathèques qu’en VOD ou via le téléchargement. »
La critique de 20 Minutes : La maquette est sobre et élégante et, malgré la cible annoncée, toutes les générations de fans de cinéma pourront y trouver leur compte. Les articles se déploient sur la longueur, certains sont véritablement passionnants (l’interview de Rafik Djoumi, rédacteur en chef de Bits sur Arte, par exemple…) et ne parleront pas forcément aux spectateurs du dimanche. Ce magazine bimestriel aide à nourrir, au fil des pages, la réflexion sur le cinéma et à élargir ses horizons. En cinq mots : Les passionnés parlent aux passionnés.
La suite ? : En plus du magazine, des « activités extérieures » sont envisagées pour diversifier les contenus.
Box office : 18.000 exemplaires du premier numéro ont été imprimés.

  • Le plus numérique : « Bande à Part »

 

Les couvertures de différentes éditions de « Bande à Part ». - Bande à Part

 

Casting : L’ensemble des rédacteurs sont des journalistes.
Teaser du dernier numéro (septembre) : De longues interviews – appelées « conversations » - avec Louis Garrel, Nabil Ayouch, Jaco Van Dormael ou Jacques Audiard ; un reportage sur le tournage du dernier film de Christian Carion ; une carte interactive des voix chères à Nathalie Baye (celles de Nicole Garcia, Jeanne Moreau…) ; des critiques…
La note d’intention d’Anne-Claire Cieutat, rédactrice en chef : « On s’intéresse à tous les cinémas, à toutes les époques et on ne garde que les films qui nous inspirent et génèrent des rencontres de cinéma. L’humain est au centre. On refuse, par exemple, les junket. Beaucoup d’artistes issus du monde du cinéma nous font confiance et nous donnent des documents de travail. Ce qui nous intéresse, c’est l’acte de création. D’où vient ce miracle qu’est le film ? Il y a quelque chose de l’ordre de l’élan amoureux. » 
La critique de 20 Minutes : Bande à part est disponible uniquement sur support numérique (tablette, smartphone…). Ce webzine mensuel, qui donne à voir et à entendre, séduit par son côté ludique. Le contenu est mis en scène : du bout du doigt ont fait défiler l’interview, on tapote sur un extrait sonore, on effleure l’écran pour lancer une vidéo. Certains auront besoin d’un temps d’adaptation pour naviguer d’un contenu à l’autre, mais le sommaire brasse suffisamment large pour que, du cinéphile chevronné au spectateur du dimanche, chacun y trouve son compte.
La suite ? : Une déclinaison sur support papier « n’est pas impossible, mais pas dans l’immédiat », avance Anne-Claire Cieutat.
Box-office : 10.000 téléchargements mensuels

  • Le plus pop culture : « Rockyrama »

 

Détail de la couverture du numéro 8 de « Rockyrama ». - Rockyrama

 

Casting : L’équipe de rédaction, en constante mutation, comprend des journalistes, mais aussi des passionnés exerçant d’autres professions.
Teaser du dernier numéro (août) : Un gros dossier sur la saga « Star Wars » avec des angles insolites (une interview - à mourir de rire - de Chewbacca, le catalogue des meilleurs jouets dérivés des films, un focus sur le rachat de Lucasfilm par Disney, un portrait d’Hayden Christensen…), un portfolio de posters signés par deux illustrateurs australiens, un papier sur le réalisateur Edgard Wright, un autre sur N.W.A…
La note d’intention de Johan Chiaramonte, le rédacteur en chef : « Quand on dit, sur la couverture, être "le meilleur fanzine de l’univers", c’est pour la blague, mais on fonctionne avec des moyens limités. Notre idée est de regarder la pop culture d’aujourd’hui avec l’angle rétro. Notre lectorat est majoritairement composé de cinéphiles, plutôt urbain, âgé entre 30 et 40 ans, avec un certain pouvoir d’achat. Rockyrama repose sur une certaine nostalgie car, on peut le dire, le cinéma d’entertainement, c’était mieux avant. Aujourd’hui, des Indiana Jones, il n’y en a plus. »
La critique de 20 Minutes : La maquette est un bonbon pour l’œil et une madeleine de Proust (ou un donut d’Homer Simpson) pour l’esprit. Ceux qui ont grandi dans les années 1980 et 1990, se remémoreront leurs émotions cinématographiques de l’époque. Rockyrama s’intéresse aussi bien à Eyes Wide Shut, Stand By Me ou Hudson Hawk qu’au cinéma contemporain (Gone Girl, Interstellar, Mad Max : Fury Road, etc.)… qu’importe le film, pourvu qu’il ait apporté sa pierre à l’édifice de la pop culture. Ce trimestriel est toujours plein d’humour et remplit le cahier des charges de la lecture « plaisir » qui rend plus intelligent.
La suite ? : Jusqu’à présent, la publication était plutôt chaotique et le rythme trimestriel n’était pas toujours tenu. Mais, dès le prochain numéro, en kiosque début novembre avec Les Goonies en couverture, la parution sera régulière. L’équipe a aussi préparé un livre, Les 51 moments les plus cultes de la télé américaine, qui paraîtra prochainement.
Box-office : 4.000 exemplaires vendus par numéro. « On est à l’équilibre. On gagne des lecteurs et on ne perd pas d’argent », précise le rédacteur en chef.