Japan FM, la webradio qui veut «casser la niche» de la musique nipponne en France

MEDIAS La station numérique organise son premier concert samedi à Paris, en faisant venir le groupe Fear, and Loathing in Las Vegas...

Mathias Cena

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Le groupe japonais Fear, and Loathing in Las Vegas.
Le groupe japonais Fear, and Loathing in Las Vegas. — Youtube

De notre correspondant à Tokyo,

Fear, and Loathing in Las Vegas, ça vous dit quelque chose ? La plupart des gens connaissent le film de Terry Gilliam (Las Vegas Parano, en VF), et une partie a au moins entendu parler du roman de Hunter S. Thompson, dont il est adapté. Mais une poignée seulement soupçonne l’existence du groupe de « metalcore » japonais du même nom (à une virgule près), qui sera de passage à Paris samedi pour un concert au Divan du monde.

Ceux-là connaissent probablement aussi Japan FM, l’organisateur du concert parisien. Cette webradio basée à Paris, qui revendique 350.000 à 450.000 auditeurs mensuels, propose aux passionnés de musique nipponne une tranche de Japon, avec, outre la diffusion en continu d’artistes japonais, des émissions en direct et des interviews, le tout filmé en HD et retransmis sur la chaîne YouTube de la station.

Malgré le succès en France d’événements autour de la pop culture japonaise comme la Japan Expo, qui attire chaque année davantage de visiteurs au Parc des expositions de Villepinte, cette culture reste une affaire de « niche », dont le public s'affiche en nombre limité alors que les médias spécialisés se sont multipliés ces dernières années. La chaîne de télévision Nolife, largement consacrée à cette pop culture et l’une des pionnières sur le créneau, est ainsi dans une situation critique, et risque de devoir fermer en décembre.

« Toucher un public plus large »

« On est dans une phase calme, confirme Antoine Marion, le directeur de Japan FM. On s’interroge tous pour savoir ce qu’il se passe. » Les 15-25 ans, qui sont le public cible de la station, « grandissent, découvrent une nouvelle vie, déménagent, partent faire leurs études ou travailler », estime-t-il. Selon lui, l’intérêt est cependant bien là, et se vérifie lors des interviews en direct d’artistes, qui sont l’occasion de gros « pics » d’audience : « Quand on a interviewé Yoshiki [célèbre musicien japonais, fondateur du groupe X Japan] en direct à la Japan Expo en juillet, on a eu peur que le serveur saute. »

Ambitieux pour l’avenir, il dit vouloir « casser les murs de cette "niche" pour qu’un nouveau public s’y intéresse. On a réussi à convaincre plusieurs personnes d’écouter de la musique japonaise. Maintenant on veut toucher un public plus large », notamment en organisant des événements dans des lieux publics.

Organiser un « show à la japonaise »

La webradio, qui a vu le jour en 2010, poursuit effectivement son développement, en se lançant avec le concert de FaLiLV dans une nouvelle activité, celle de « tourneur ». Sur le secteur de l’organisation de concerts, où « économiquement, on est un peu trop » nombreux, concède Antoine Marion, Japan FM compte sur sa spécificité pour faire venir des groupes nippons : « Notre force, c’est d’être aussi un média. On propose aux sociétés japonaises de travailler sur le long terme en diffusant des morceaux de leurs artistes, voir ce que ça fait au niveau de l’audience et voir la salle appropriée. »

Quand il aura « fait ses armes », celui qui a relancé la radio en 2013 ambitionne de faire venir des stars japonaises majeures comme la chanteuse Namie Amuro ou le groupe Sekai no Owari. Il se dit pas intimidé par des artistes nippons réputés inaccessibles, comme les boys bands de l’agence de Johnny Kitagawa, surnommés les « Johnnies ». Les membres des groupes Arashi ou Smap sont ainsi des légendes vivantes au Japon, qui disposent même de leurs propres émissions télévisées. Ces groupes refusent même d’être diffusés sur la radio, ratant ainsi le public potentiel pour un concert en France, regrette Antoine Marion.

Pour expliquer leur refus, ceux-ci « disent que leur musique et leur image font un tout », explique-t-il. « Il faut les voir faire du trapèze sur scène ou faire venir des chiens pour des dressages ! C’est leur image qu’on vend, tout est dans le clip, dans le show, et passer uniquement le son pose problème », car certains groupes sont « difficiles à distinguer uniquement » à l’oreille, juge Antoine Marion, qui ne désespère pas de leur organiser, en France, un « show à la japonaise ». Avec, pourquoi pas, des chiens pour « casser la niche ».

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