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Killed « Bild », autopsie d'un échec

Le coup de frais attendu par la presse française ne viendra pas de l'Est. Le groupe allemand Axel Springer a mis un « punkt » final à l'aventure d'une version française du Bild, tabloïd aux 12 millions de lecteurs outre-Rhin. Andreas Wiele, membre du...

Le coup de frais attendu par la presse française ne viendra pas de l'Est. Le groupe allemand Axel Springer a mis un « punkt » final à l'aventure d'une version française du Bild, tabloïd aux 12 millions de lecteurs outre-Rhin. Andreas Wiele, membre du directoire, l'a annoncé hier aux quarante salariés déjà embauchés. Prévenus mercredi pendant la visite des locaux de Fakt, Bild polonais lancé en 2005, trois membres de l'ex-futur titre ont regagné Paris en catastrophe.

Mort-né, ce journal rêvait d'un tirage de 750 000 exemplaires à 50 centimes. « Nous incarnions l'inédit, regrette un membre de l'équipage. Beaucoup de photos et d'infographies auraient émaillé une maquette facile à lire, soutenue par un esprit d'enquête. Nous visions 50 % d'exclusivités par jour. » Adieu aussi, les pages politiques « du côté du citoyen », les 30 % d'info sportive à majorité footballistique. Chaque numéro zéro testé aurait pourtant donné des potentiels de 750 000 à 1,2 million de lecteurs. Alors, pourquoi ce coup d'arrêt ? En interne, certains parlent de « pressions sur Springer », les politiques goûtant peu le projet. Il est sûr, en revanche, que le groupe Springer a misé 484 millions d'euros pour racheter aufeminin.com et Zanox, société de marketing interactif : les 180 millions en quatre ans nécessaires au Bild n'entraient pas dans cette stratégie Internet. Et Andreas Wiele d'égrener « la situation actuelle des outils de production d'un quotidien tant sur le plan industriel que social », et, surtout, « les incertitudes de la distribution » : le groupe voulait ajouter 10 000 points de vente aux 30 000 actuels : pas si facile pour le distributeur NMPP.

Friede Springer, veuve d'Axel et actionnaire majoritaire, aurait été définitivement échaudée le 13 juin, quand une grève du circuit d'impression et de distribution empêcha la quasi-totalité des quotidiens de paraître. De leur côté, tous les marris du Bild français vont quitter Springer avec huit mois de salaire, au minimum.