«Les gens m'arrêtent dans la rue pour me dire que “Libé” est beaucoup mieux qu'avant»

INTERVIEW Le driecteur de la rédaction du quotidien revient sur la hausse des ventes...

Recueilli par Anne Kerloc'h et Raphaëlle Baillot

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Comme il s'y était engagé, le nouveau PDG Laurent Joffrin a recherché un "point intermédiaire" entre la centaine de suppressions d'emplois réclamées par l'actionnaire principal Edouard de Rothschild, et les 66 proposées par la Société civile des personnels de Libération (SCPL, deuxième actionnaire).
Comme il s'y était engagé, le nouveau PDG Laurent Joffrin a recherché un "point intermédiaire" entre la centaine de suppressions d'emplois réclamées par l'actionnaire principal Edouard de Rothschild, et les 66 proposées par la Société civile des personnels de Libération (SCPL, deuxième actionnaire). — Franck Fife AFP/Archives

Laurent Joffrin est directeur de la rédaction de Libération.

L’augmentation de vos ventes en kiosques n’est-elle pas liée à la présidentielle?

Si effet politique il y a eu, il n’est pas le même pour tous. En mai 2007, nos ventes ont grimpé de 34% par rapport à mai 2006, nos concurrents ont fait moins bien. Si on cumule les 5 derniers mois, la progression est de 9,3% par rapport à 2006, là encore, on fait mieux que nos confrères.

Pour Libé, l’élection de M. Sarkozy, c’est tout bénef’?


Si la droite au pouvoir nous allait si bien, nos ventes n’auraient pas baissé pendant les cinq dernières années! Ça peut être un atout d’être dans l’opposition, mais aussi un handicap si on tombe dans la contestation permanente et mécanique. Libé n’est pas vécu comme un journal d’opposition, mais comme un lieu de renaissance et de maintien de la gauche.

Où en est le plan social?


Notre objectif de 76 départs volontaires est bouclé à 4 ou 5 départs près. Cet été, nous atteindrons notre objectif de 200 salariés fixes, dont 130 journalistes. Un effectif réduit, mais on s’organisera mieux. Ces derniers mois, le nombre de salariés a déjà baissé et on vend mieux, alors ça doit être possible, non? En plus, les gens qui ont dû m’apercevoir à la télé m’arrêtent dans la rue pour dire que Libération est mieux qu’avant.

Subsistent les difficultés de la pub, en retard de 20% sur les recettes prévues.


La régie a été démobilisée par la baisse des ventes. En plus, on a eu un différend avec Maurice Lévy (P-DG de Publicis, qui cogère la régie de Libération). Il nous avait prêté 3 millions d’euros, et voulait les récupérer au moment où nous étions en train de réduire toutes nos créances. Nous avons trouvé un compromis en mars: ça nous a mis 2 mois de retard dans la vue. Mais bon, depuis deux mois, Marie Giraud, la nouvelle responsable, redresse la barre.

Les annonceurs reviendront avec la nouvelle formule, à la rentrée?

On peut l’espérer. Nous allons conserver le format actuel, mais changer le déroulé. Tous nos choix éditoriaux ouvriront le journal, avec une double page d’ «instantanés» autour d’un visuel par jour, une histoire du jour, un homme du jour, et le contre-journal. Puis viendront les rubriques moins chaudes. Nous voulons aussi redresser les ventes avec une politique de unes plus mordantes, polémiques, ironiques, drôles. Je ne peux pas tout dire car on va nous piquer nos idées. Nous allons aussi multiplier les numéros spéciaux, parce que ça marche bien. Il faut bien se démener pour relancer un journal. Libé a eu par le passé une tradition d’isolement par rapport aux autres médias, et c’était une erreur. Nous referons par exemple un partenariat avec Charlie Hebdo sur l’islam à la rentrée.

Dimanche dans le Herald Tribune, l’ex-Libé Pierre Haski parlait de son site rue89 comme un «Amnesty International pour journalistes censurés». Libé ne l’était pas?


Tant mieux pour eux s’ils sortent des infos très importantes comme «Cécilia n’a pas voté» (rires). Je ne suis pas malthusien, plus il y a de médias, de journaux, de sites, mieux c’est. Maintenant, nous n’avons pas la prétention de dire que nous sommes Amnesty.

Comment expliquer que des investisseurs étrangers, comme Carlo Carraciolo pour Libération ou Axel Springer qui prépare un Bild français, mettent de l’argent dans la presse française, contrairement aux investisseurs nationaux?


Je ne sais pas, je n’y ai pas réfléchi. J’imagine que les investisseurs français sont plus méfiants à l’égard du secteur parce qu’ils pensent à tort que ce n’est pas un secteur où l’on peut gagner beaucoup d’argent. Or les étrangers réussissent beaucoup dans la presse quotidienne, que ce soit en Espagne ou en Italie. La Repubblica, ils vendent 600.000 exemplaires par jour, ils ont jamais perdu un lecteur. Après on va m’expliquer que la presse écrite est condamnée, c’est ridicule. En France, on a une structure de distribution qui est difficile, des coûts d’impression qui sont excessifs, beaucoup de choses qui nous handicapent.

Comment voyez vous l’avenir de liberation.fr?

On a un plan de développement et de modernisation du Web qu’on a présenté mardi à nos actionnaires, et ils l’ont trouvé bien. Je ne vais pas vous en parler. Cela dit, l’équipe du Web doit avoir une certaine autonomie. Et nous voulons augmenter très nettement le nombre de visiteurs uniques, de 30 à 40% sur deux ans.