Session anti-gaffes pour les nouveaux ministres

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Une boulette est si vite arrivée. « Remuez votre langue sept fois dans votre bouche. Les premiers mois, les journalistes n'attendent qu'une chose : vous piéger. » Drôle de mise en garde que Jacques Séguéla, pro de la com politique, adresse aux nouveaux ministres. Objectif : éviter l'impair qui tue l'image, ou la carrière. Quand Fadela Amara, nouvelle secrétaire d'Etat, lâche à l'Elysée « On va taffer », les attachés de presse se crispent. Mais quand Claude Allègre, tout juste nommé ministre de l'Education en 1997, veut « dégraisser le mammouth », ils s'affolent !

Un mot ou une mimique mal placés, et les caméras se gaussent d'avoir trouvé la perle du « 20 heures ». Alors les chefs veillent. « Fillon et Sarkozy ont dû leur donner des consignes de prudence, observe Christian Delporte, auteur d'Une histoire de la communication politique de 1930 à nos jours. Car ces nouveaux ministres s'abritent derrière la parole du Président, véritable table de la loi. » De fait, Rama Yade, secrétaire d'Etat chargée des Droits de l'homme, murmure dans un reportage du JT de France 2 : « Je ne veux pas parler tout de suite. » Et le journaliste de commenter : « Sarkozy en personne l'appelle sur son portable. Pas de communication pour l'instant. »

Mais dès la rentrée, les bleus devront défendre leur projet de loi. « Je leur conseille d'imposer le lieu, la date et le sujet de l'interview, lance Séguéla. De préférer la presse écrite, moins casse-gueule. Et de ne surtout pas se laisser cueillir à froid sur un plateau : une émission télé, c'est comme un match de boxe. »

Reste que les nouveaux du gouvernement n'ont pas tous droit à pareil briefing. Dans Un mouton dans la baignoire, Azouz Begag, ministre « que » délégué à l'Egalité des chances, se souvient avoir été jeté dans le grand bain médiatique sans chargé de com en guise de bouée. Personne ne lui a dit qu'un doigt sur la bouche à la sortie du premier Conseil des ministres pouvait sous-entendre que Villepin l'avait réduit au « motus et bouche cousue ».