France Télévisions: Les dossiers brûlants qui attendent Delphine Ernotte

MEDIAS L'ex-directrice exécutive d’Orange France prend ses fonctions de présidente du groupe audiovisuel...

Anaëlle Grondin

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Delphine Ernotte, la directrice exécutive d'Orange France, en mars 2015.
Delphine Ernotte, la directrice exécutive d'Orange France, en mars 2015. — MEIGNEUX/SIPA

Les chantiers sont nombreux. Après la passation de pouvoir entre Rémy Pflimlin et Delphine Ernotte prévue ce lundi, la nouvelle patronne de France Télévisions aura fort à faire. 20 Minutes fait le point sur ce qui attend l’ex-directrice exécutive d’Orange France en prenant les rênes du groupe audiovisuel public.

Faire des économies tout en innovant

France Télévisions est engagé dans une cure d’amaigrissement depuis plusieurs années. L’un des premiers dossiers que Delphine Ernotte devra prendre en mains sera la gestion du budget. Le groupe fait face à des recettes publicitaires en baisse (318 millions d’euros en 2014 contre 441 millions d’euros en 2010) et à une dotation publique en déclin également (moins 300 millions d’euros à l’horizon 2015). « Sauf accélération de la croissance économique, les recettes publicitaires ne vont pas augmenter dans les mois à venir », anticipe Philippe Bailly, président et fondateur du cabinet d’analyse médias NPA, contacté par 20 Minutes.

Le budget 2015 du groupe audiovisuel - 2,85 milliards d’euros - prévoit un déficit de 10 millions d’euros à la fin de l’année. Celui-ci pourrait atteindre « plusieurs dizaines de millions » si rien n’est fait pour redresser les comptes, selon un rapport de Marc Schwartz, ex-directeur financier de France Télévisions, rendu public en mars. Le groupe est passé l’an dernier sous la barre des 10.000 salariés et a mis en place un plan de départs volontaires concernant 340 postes. Dans son plan stratégique, la nouvelle patronne de France Télévisions préconise le « non-remplacement des départs » et une « modération salariale ».

Rajeunir l’audience

France Télévisions est affecté par la concurrence des nouvelles chaînes de la TNT et de la télévision de rattrapage (replay), de plus en plus consommée. La part d’audience du groupe (France 2, France 3, France 4, France 5, France Ô confondues) a chuté à 28,8 % l’an dernier contre 35 % en 2008.

Par ailleurs, les audiences du groupe sont vieillissantes. Delphine Ernotte l’a souligné dans son plan stratégique : « France Télévisions reste un bouquet de chaînes dont les audiences se caractérisent par un niveau d’âge supérieur à la moyenne des téléspectateurs. » Cinquante-huit ans pour France 2 et plus de 60 ans pour France 3. Il est indispensable pour le groupe de faire revenir les jeunes.

Moderniser les programmes

La nouvelle patronne devra pousser les responsables de chaque chaîne à moderniser les programmes - sans augmentation de moyens, précise-t-elle - pour réussir à rajeunir l’audience et séduire les téléspectateurs. Elle a déploré dans son plan stratégique : « Les programmes ne parviennent pas toujours à convaincre par leur originalité ou par leur innovation (…) Il convient de redonner à France Télévisions le goût du risque. »

Le groupe audiovisuel va devoir s’affranchir des audiences, estime Philippe Bailly : « Depuis des années, on demande à France Télévisions d’être audacieuse, culturelle, avec un indicateur unique, l’audience. Et on le sait bien, pour pouvoir être audacieux et libre de créer, il ne faut pas être toujours sous cette pression », affirme l’analyste. Il sera difficile à Delphine Ernotte d’imprimer sa marque dans les premiers temps à travers les programmes. La grille de rentrée a été choisie par l’équipe sortante et « lorsque l’on crée des programmes (fiction, flux ou documentaires), il se passe des mois voire des années entre le moment où on a l’idée et où on la retrouve à l’antenne », rappelle-t-il. « Il ne faudra pas juger de la réussite de Delphine Ernotte dans les mois qui suivront sa prise de fonction. »

Renforcer la ligne éditoriale de chaque chaîne

Delphine Ernotte souhaite que chacune des chaînes du groupe puisse être clairement identifiée par sa ligne éditoriale. Mieux différencier France 3 de France 2, par exemple. France 2 doit devenir la « chaîne du flux », centrée sur l’événementiel (axé autour du sport, du divertissement et de l’information), et France 3 la « chaîne du patrimoine et des territoires », ce qu’elle était avant de devenir plus « généraliste ». Sur France 3, « une place beaucoup plus importante doit être donnée à l’actualité locale », estime Delphine Ernotte.

France 4, France 5 et France Ô, continueront à se concentrer respectivement sur « la jeunesse », « la connaissance » et « l’outre-mer ». « La recherche de complémentarité est une volonté forte de Delphine Ernotte », souligne Philippe Bailly. Pour la mettre en place, Caroline Got a été choisie. Forte de vingt-cinq ans de carrière dans l’audiovisuel, la nouvelle directrice de la stratégie et des programmes de France Télévisions a déjà eu l’occasion de faire ses preuves dans ce domaine au sein du groupe TF1 à la direction des chaînes NT1 et TMC.

Fusionner les rédactions de France 2, France 3 et FranceTV Info

Delphine Ernotte va aussi reprendre l’épineux dossier de la fusion des rédactions de France 2, France 3 et FranceTV Info, censée être effective en 2016. Ce projet « Info 2015 » suscite l’inquiétude d’une partie des journalistes et reste fermement combattu par les syndicats de France Télévisions.

Accélérer la mutation numérique

« Il faut saluer le travail de Rémy Pflimlin et de Bruno Patino pour Pluzz ou encore FranceTV Info. Il y a eu un net développement ces dernières années de France Télévisions sur le numérique », note Philippe Bailly. Mais ce n’est pas suffisant pour la nouvelle patronne du groupe. Delphine Ernotte souhaite s’adapter davantage aux nouveaux usages numériques et notamment refondre l’offre de rattrapage, en prenant exemple sur Netflix ou la BBC. Elle propose ainsi dans son plan stratégique, « une nouvelle plateforme numérique, basée sur un algorithme de recommandation » qui « doit rendre la télévision de rattrapage plus accessible ».