VIDEO. Les Guignols de l’info sont-ils devenus ringards ?

TELEVISION Certaines critiques jugent que l'émission satirique est plus faible en écriture ou moins mordante. Elle continue pourtant d'agacer les politiques...

J.M.

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Les marionnettes de Michel Denisot et de PPD.
Les marionnettes de Michel Denisot et de PPD. — Daniel Bardou / canal +

Une rumeur selon laquelle Les Guignols de l’info sont menacés de disparaître et ce sont les politiques qui prennent aussitôt leur défense. Paradoxalement, ils sont régulièrement la cible de l’émission satirique. Est-ce à dire que les Guignols auraient perdu de leur mordant ? Ou même, lâchons le mot, qu’ils seraient devenus « ringards » ? Même une personnalité d’extrême droite comme Robert Ménard, maire de Béziers, jugeait mercredi sur Twitter qu’il ne s'agissait de rien d'autre que de « l’humour beauf de gauche ». De son côté, l’animateur Cyril Hanouna, qui aimerait les voir venir sur D8, déclarait ce jeudi sur Europe 1 : « Le niveau des Guignols n’est pas le niveau des années précédentes. Ils sont moins bons, mais c’est normal nous aussi on est moins bons qu’au début. »

« C’est une vieille émission, c’est un fait »

« On a toujours entendu dire que l’écriture de l’émission est plus faible qu’avant, pointe un membre de Canal +. C’est une vieille émission, c’est un fait, mais elle n’est pas pour autant moins bonne », indiquant que les Guignols continuaient de réaliser de bonnes audiences et d’avoir un public fidèle. Pour lui, le rythme de la quotidienne impose de fait parfois des faiblesses. « Qu’ils aient perdu leur mordant, on a toujours entendu ça dans l’histoire des Guignols, remarque Christian Delporte, historien des médias et auteur de Come back ! ou l’art de revenir en politique (Flammarion, 19 euros). Mais pour que la caricature soit efficace, l’événement doit donner de la substance, les batailles électorales sont, par exemple, des moments importants. » Les scrutins cristallisent les passions, forcément il devient plus facile d’égratigner ceux qui se présentent au suffrage universel.

« Des sketchs sont toujours très repris »

Le trait qui fait mouche ? « Cela dépend de l’actualité, ça marche moins bien par moments, mais certains sketchs sont toujours très repris », explique le membre de Canal +, citant comme exemple « La Reine Daesh », parodie de la chanson Libérée, Délivrée dans La Reine des Neiges. « C’est une émission de caricature et d’impertinence qui touchait un public jeune et ça un peu changé, c’est normal le public vieillit aussi avec l’émission », suggère Christian Delporte. Mais à l’heure de la lente érosion de la télévision, « l’ancêtre d’Internet » comme le pointe la marionnette PPD, Les Guignols de l’info sont moins devenus le point unique de rencontre de la satire.

« La vanne instantanée sur l’actu »

« Via les réseaux sociaux, ou encore des sites comme Le Gorafi, maintenant, c’est de la vanne instantanée sur l’actu, devenue également instantanée. Du coup, Les Guignols peuvent apparaître moins novateur, avec un rendez-vous peut-être moins percutant, suggère un membre de Canal +. Mais ce traitement de l’actualité demeure encore inédit ailleurs. » Surtout pour les hommes politiques… « Pour eux, elle conserve une importance considérable, car c’est une preuve de notoriété, raconte l’historien, comme au début du XXe siècle, dans la presse satirique, des politiques se plaignaient de ne pas être dessinés. »

Sarkozy les déteste

Le membre de Canal + remarque que les politiques qui soutiennent davantage les Guignols sont de gauche. « A droite, Jean-Louis Debré est un fan depuis longtemps, mais Nicolas Sarkozy les déteste, il les a menacés quand il était au pouvoir. Beaucoup de politiques se plaignent, mais l’important c’est de ne pas laisser indifférent. » Et si pour lui, l’émission venait à s’arrêter, ce ne serait pas faute d’audiences - en deux ans sa part d’audiences est passée de 9 % à 7,3 % -, mais un choix… « politique ».