Eric Zemmour jugé pour incitation à la haine raciale suite à une chronique à la radio

JUSTICE Sur RTL, le polémiste avait évoqué «les bandes de Tchétchènes, de Roms, de Kosovars, de Maghrébins, d'Africains qui dévalisent, violentent ou dépouillent»...

20 Minutes avec AFP

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Eric Zemmour, le 5 juin 2015, à l'Opéra de Nice.
Eric Zemmour, le 5 juin 2015, à l'Opéra de Nice. — BEBERT BRUNO/SIPA

Le polémiste Éric Zemmour est poursuivi mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris notamment pour incitation à la haine raciale, à la suite d'une chronique à la radio dans laquelle il évoquait «les bandes» d'étrangers «qui dévalisent, violentent ou dépouillent».

Le tribunal saisi par le CRAN

Le 6 mai 2014, Eric Zemmour avait dit sur RTL: «Les Normands, les Huns, les Arabes, les grandes invasions d'après la chute de Rome sont désormais remplacés par les bandes de Tchétchènes, de Roms, de Kosovars, de Maghrébins, d'Africains qui dévalisent, violentent ou dépouillent.»

A la suite de ces propos, le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), partie civile aux côtés du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) et la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), avait saisi le tribunal.

«Il est déterminant d'agir et de limiter ses interventions. D'ailleurs ces actions font leur oeuvre, il s'exprime beaucoup moins», a estimé à la veille de l'audience l'avocat du CRAN, Me Alain Tamegnon Hazoume, faisant référence au licenciement d'Éric Zemmour par la chaîne iTélé fin décembre 2014.

«La notion de bande n'existe pas», souligne l'ONDRP

L'avocat du polémiste, Me Olivier Pardo, affirme de son côté qu' «Éric Zemmour n'a fait que reprendre le constat de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP)», ce que réfute ce dernier.

«On interdit à un journaliste de décrire le réel, de diffuser une information donnée par un organisme d'État, c'est gravissime, cela va au-delà de l'entrave à la liberté d'expression, il s'agit de la liberté d'informer», insiste Me Pardo.

L'observatoire, placé sous la tutelle du Premier ministre, établit chaque année des statistiques sur la délinquance en distinguant les Français et les étrangers. «La notion de bande n'existe pas», souligne le directeur de l'ONDRP, Christophe Soullez. «Des études sur les mis en cause dans les vols ont été faites en fonction des nationalités, mais pas des origines», insiste l'organisme, alors que le fichage ethnique est interdit en France.

Pour le CRAN, il n'est «nul besoin de mettre de l'huile sur le feu». «Des propos racistes par les temps qui courent, on n'en a pas besoin», juge Me Tamagnon Hazoume. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), saisi aussi par le CRAN à la suite de ces dires, avait «mis fermement en garde» RTL, considérant que les propos étaient «de nature à encourager des comportements discriminatoires vis-à-vis des populations expressément désignées, et de pouvoir inciter à la haine ou à la violence à l'encontre de celles-ci».