Mediapart et La Découverte lancent la «Revue du crieur», des enquêtes sur la culture

JOURNALISME Cette revue quadrimestrielle a été fondée par l'association du journal «tout en ligne» et de la maison d'édition...

Joel Metreau

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Le premier numéro de Revue du Crieur.
Le premier numéro de Revue du Crieur. — 20 Minutes

Mediapart. Rien qu’à ce nom, les poils de certains se hérissent. Et le journal « tout en ligne » va en agacer d’autres. Car, associé avec les éditions La Découverte, il lance ce jeudi une revue. Oui. Sur du vrai et beau papier. 160 pages, 15 euros. La Revue du crieur,, c’est le nom de ce quadrimestriel, qui paraîtra en juin, novembre et février.

En guise de programme, c’est écrit sans ambages sur la couverture : « Enquêtes sur les idées et la culture ». « La presse généraliste consacre une portion de plus en plus congrue de ses colonnes aux idées et à la culture. Du côté de la presse spécialisée, les news mag culturels relèvent plus de la prescription que de la critique », explique Rémy Toulouse, responsable éditorial à La Découverte, maison d’édition qui a d’abord sollicité Mediapart sur le projet.

« Cela demande d’être indépendant »

L’autre rédacteur en chef, Joseph Confavreux, dresse un constat identique. « Nous partons de l’idée que la culture, ce sont des lieux, des parcours, des financements, des réseaux. Mais mener des enquêtes sur le milieu culturel, c’est de plus en plus difficile et exigeant en termes de travail. Cela demande aussi d’être indépendant ».

A l’appui, il désigne le parallèle entre « toutes ces pages, dans les journaux, qui ont célébré la fondation Louis-Vuitton » et le fait que « Bernard Arnault soit le premier annonceur des journaux français. » Aussi, comme le site Mediapart, La Revue du crieur a pour ambition de vivre sans publicité, uniquement du fruit de ses ventes. Le premier numéro est tiré à 15.000 exemplaires. « Pour l’instant, on a budgété sur deux ans et six numéros », confie Joseph Confavreux.

De la K-Pop à Google en passant par le complot illuminati

Dans une mise en page ultra-sobre et sans photo, les dix articles couvrent une belle variété de sujets : « la déferlante pop coréenne », la manière dont l’industrie du luxe s’approprie l’art contemporain, « le pseudo-complot illuminati », l’emprise de Google sur la presse… Et certains intellectuels médiatiques en prennent pour leur grade. A travers une lecture de son œuvre et de ses propos, Marcel Gauchet se voit décerner le titre d’« incarnation du nouveau consensus conservateur ». De son côté, Michel Onfray est au cœur d’une enquête démontrant comment il est devenu « un habile entrepreneur de soi ».

« Parce qu’intello n’est pas un gros mot »

« Avec La Découverte, on se rejoignait sur une urgence journalistique et aussi politique, pointe le journaliste de Mediapart. Politique, car il y a en France une montée des idées nauséabondes sur fond de désastre social, économique et écologique, il faut aussi mener une bataille des idées. » Les fantassins signataires dans la Revue du crieur appartiennent surtout à l’univers de la recherche ou de l’université.

« Parce qu’intello n’est pas un gros mot », est-il indiqué dans un encart. « Oui, nous avons une ambition intellectuelle, mais mise au service du plus grand nombre », estime Rémy Toulouse, qui souhaite aborder des « questions complexes et difficiles, sans jargon, sabir et atours de l’académisme. » Il jure qu’il y a eu « un gros travail de reprise éditorial des textes ». Du côté des journalistes de Mediapart, ce fut la redécouverte d’une expression qu’ils pensaient ne jamais réentendre : « Bon à tirer ».