Deux outsiders affichent leurs ambitions Mondiales

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Un jeune prodige aux idées claires, et un licencié pour « dérive déontologique. » Parmi les candidats à la tête du groupe Le Monde, Bruno Patino, 42 ans, et Alain Genestar, 57 ans, font figure d'anti-caciques. Les deux hommes surprises se préparent déjà pour le grand oral d'une heure de lundi devant le conseil de surveillance, comme leurs concurrents Thureau-Dangin (Courrier international), Jeantet (numéro 2 du groupe) et peut-être deux autres têtes chassées par le cabinet Eric Salmon & Partners. Tous deux sont entrés très jeunes au Monde : Patino à 27 ans, en tant que correspondant au Chili, et Genestar à 24 ans, comme pigiste. Aujourd'hui, ils briguent la tête du groupe aux 3 300 salariés.

Après un détour par Canal+ -  comme chargé de mission à la direction internationale -, Patino a lancé ex nihilo lemonde.fr, qui tourne avec 140 millions de pages vues par mois et génère 2 % du chiffre d'affaires total. Plusieurs cadres du Monde louent son « habileté et son intelligence stratégique », « malgré ses airs de gamin de 22 ans ». Patrick Eveno, historien et auteur d'une Histoire du journal Le Monde : 1944-2004, rappelle d'ailleurs qu'« Hubert Beuve-Méry avait 44 ans quand il a fondé le quotidien, et Jean-Marie Colombani 42 ans ». Mais, bien qu'il soit aussi directeur de la publication de Télérama depuis cinq ans, Patino reste aux yeux de nombreux journalistes « homme du Web plus qu'homme de presse », rapporte Romain Altmann, délégué CGT. Le trublion a beau marteler que « le Net régénère le papier sans s'y substituer », les plumes craignent que la souris ne les phagocyte.

Autre style : Alain Genestar. Lui, bombarde les décideurs du Monde de textos. Son argumentaire de campagne : mon CV est riche, j'ai travaillé en quotidien régional, national et dans un hebdo, ce qui correspond à la diversité des titres du groupe. Sauf qu'il a peu de chance d'être soutenu par Alain Minc, conseiller de Nicolas Sarkozy, vu qu'il a mis à la une de Match, en 2005, l'escapade libertine de Cécilia. Depuis cette (més)aventure, il a disparu des colonnes. Il a beau avoir bossé aux Nouvelles de Kaboul, préparé le lancement prochain de Victor, un hebdo inspiré de Life et de Match, et tenu une chronique sur RFI, l'étiquette anti-Sarko et people risquent de lui coller au CV. La tête du quotidien de référence ne se prend pas « par revanche » ni sur « un coup de poker ». Autant de motivations qui lui sont imputées par les rédacteurs.