Sarkozy, maître dans l'art de disposer ses pions

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Non, Sarkozy ne contrôle pas les rédactions... ses amis s'en chargent. Reste à placer ceux-ci aux postes stratégiques : un vrai jeu d'échecs. Trois syndicats de journalistes s'en émeuvent dans Le Monde daté d'hier, appelant les 38 000 cartes de presse à être « vigilantes ». Laurent Solly, son directeur adjoint de campagne, à peine recasé à TF1, Arnaud Esquerré arrive à France Télévisions (lire ci-contre). « Nicolas Sarkozy n'exige rien. Ce sont les patrons de médias eux-mêmes qui impriment la ligne », note Renaud Revel, journaliste à L'Express.

De fait, hormis le coup de fil que le candidat UMP d'alors a passé à Rothschild, actionnaire de Libération, pour pester contre la une sur ses impôts, l'intervention est souvent indirecte. Ainsi, c'est Bolloré qui a décidé de jeter un article jugé outrageant pour la police française dans la poubelle de Matin Plus. Joggez tranquille, vos amis veillent sur les rotatives ! Et les antennes. Nicolas Beytout, patron du droitier Figaro, pourrait prendre la direction de l'info de TF1 à la place du trop chiraquien Robert Namias, ce que Bouygues a nié hier. Et Bolloré briguerait Les Echos et même TF1 en 2008. Et l'audiovisuel public ? « A chaque changement de majorité, la nouvelle équipe de l'Elysée se débrouille pour déstabiliser le patron de France télé », lâche Jean-François Téaldi, du SNJ-CGT. Asphyxie financière, pression sur l'audience, les moyens d'actions sont nombreux. Patrick de Carolis pourrait en faire les frais. Selon Revel, « Sarkozy peut aussi encourager la fusion entre le CSA et l'Arcep, et ainsi déstabiliser Michel Boyon », président du CSA nommé par Chirac. Ou faire passer une loi sur l'audiovisuel, avec à la clé des nouveaux modes de nomination des dirigeants de chaîne. Mais, prévient Francis Balle, ex-Sage, « Sarkozy n'a pas d'intérêt à s'approcher trop près de ces dossiers. Ça se saurait et ça se retournerait contre lui ! » Sauf que son prédécesseur à l'Elysée a déjà fait pencher la Tour Mirabeau à droite. Sarkozy n'est pas le seul bon joueur d'échecs.