«Charlie Hebdo»: Zineb El Rhazoui déplore un journal devenu «bureaucratique»

PRESSE «Les garants de la ligne éditoriale ne peuvent pas être des avocats de l'entreprise ou du personnel administratif», estime la journaliste...

M.C. avec AFP

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Luz, Patrick Pelloux et Zineb El Rhazoui lors de la manifestation du 11 janvier 2015.
Luz, Patrick Pelloux et Zineb El Rhazoui lors de la manifestation du 11 janvier 2015. — ORBAN-POOL/SIPA

Cible récente d'une procédure de licenciement avortée, la journaliste Zineb El Rhazoui admet que Charlie Hebdo va mal depuis le massacre du 7 janvier qui a fait 12 victimes, dont dix collaborateurs et proches de la publication.

Il pourrait difficilement en être autrement, dit la sociologue franco-marocaine de 33 ans, selon qui l'hebdomadaire satirique doit échapper aux griffes des «bureaucrates» arrivés à sa tête après le carnage qui a décimé la rédaction et «se réinventer».

Probablement d'autres départs après celui de Luz

«Comment veut-on qu'un journal qui a essuyé un cataclysme pareil aille bien quatre ou cinq mois après ?» confie-t-elle dans un entretien accordé cette semaine à l'AFP en marge de l'Oslo Freedom Forum, une conférence rassemblant chaque année en Norvège des militants de la paix et des droits de l'Homme.

«Beaucoup n'ont plus le courage de retourner dans une rédaction où il y a un vide énorme laissé par ceux qui sont partis. Et puis il y a le départ de Luz qui est un membre très important de l'équipe», ajoute la jeune femme très volubile, avançant que «ce n'est probablement pas le seul départ qui va s'annoncer».

«Ce comportement de la part de la direction, je ne le comprends pas»

Elle-même était en vacances au Maroc le jour de la fusillade. Elle est depuis l'objet de multiples menaces sur les réseaux sociaux et vit sous protection policière permanente. A la mi-mai, elle a reçu une convocation pour un entretien préalable à un licenciement, dont le motif n'a alors pas été dévoilé mais lié, semble-t-il, à des absences répétées. Puis sa hiérarchie a arrêté la procédure.

«Ce comportement de la part de la direction, je ne le comprends pas plus que vous. On me remet une lettre sans discussion préalable, ce qui est quand même grave pour Charlie, un journal où on a l'habitude de s'engueuler, de se dire nos quatre vérités en face mais en tout cas de dialoguer», confie la journaliste.

Une directrice des ressources humaines, «ça ne s'est jamais vu à Charlie»

Cette même direction est aujourd'hui aux prises avec une grande partie de la rédaction organisée au sein d'un collectif pour réclamer une nouvelle gouvernance. «Il ne faut pas que les événements qui se sont passés qui ont fait du journal un énorme symbole le détournent de son identité première qui est celle d'un journal saltimbanque, libertaire, audacieux et provocateur», souligne Zineb El Rhazoui.

«Les garants de la ligne éditoriale ne peuvent pas être des avocats de l'entreprise ou du personnel administratif recruté après les attentats et qui essaie de faire les choses de façon bureaucratique», ajoute-t-elle. «Charlie a par exemple recruté une directrice des ressources humaines après les attentats (...). Pour une équipe de même pas 30 personnes ! Ça ne s'est jamais vu à Charlie», tonne la journaliste.

Pour elle, chroniqueurs et dessinateurs doivent redevenir maîtres de la ligne éditoriale de Charlie, lequel devra tourner la page des prestigieux disparus tout en restant fidèle à leurs valeurs. À l'en croire, une nouvelle formule pourrait d'ailleurs voir le jour en septembre.