«On a longtemps été obsédés par l’horloge»

ANNIVERSAIRE Manuel Ferreira, coordinateur d’antenne sur France Info, qui fête aujourd’hui ses vingt ans…

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France Info, 20 ans de radio en 2007
France Info, 20 ans de radio en 2007 — AFP
Manuel Ferreira, coordinateur d’antenne sur France Info, qui fête aujourd’hui ses vingt ans…

Lundi 1er juin 1987, à 7h du matin, c’est vous qui avez ouvert le micro de France Info. Racontez-nous!

J’étais tendu et excité à la fois. Jérôme Bellay, directeur de la rédaction, m’avait demandé de lui ouvrir le micro une minute trente avant 7 heures. Il fait son speech et lance Roland Faure, président de Radio France et là, gros blanc. Je le vois fixer l’horloge. Et je comprends : il attend l’heure pile ! On a récupéré récemment une copie du démarrage, et on a compté : 45 secondes de silence total, un record à la radio !

Etiez-vous rôdé, expérimenté à la technique?

Pas du tout. On avait fait quinze jours d’antenne à blanc, et encore… ! Tout s’est fait très vite. L’équipe de techniciens venait de Radio 7, une station destinée aux jeunes. On nous a parlé du projet d’une radio tout info en continu en mars, et on a pris l’antenne le 1er juin dans les mêmes studios. Même Michel Goujon, le premier présentateur du journal, avait la voix tremblotante à l’antenne.

Aujourd’hui le modèle de France Info «a vécu», dixit Patrick Roger. Mais à l’époque, vous étiez la toute première station d’info en continu en Europe.

Oui, mais personne n’y croyait ! CNN s’était lancé sept ans plus tôt, et aux Etats-Unis, des radios tout info existaient mais en version locale. On s’est d’ailleurs inspiré d’elles. Mais même au sein de Radio France, certains journalistes jugeaient l’idée d’un robinet d’info imbuvable ! Les directeurs misaient sur 5% de part d’audience maximum, or on est monté jusqu’à 12%.

Quels sont pour vous les plus beaux reportages audios?

La chute du mur de Berlin, la première nuit des bombardements de la guerre du Golfe en direct, le 11-Septembre aussi. Mais c’est dur de se rendre compte sur le moment que ce que l’on vit est exceptionnel. C’est le coup de feu en permanence. Au début, on archivait nos éditions spéciales seulement dans l’idée de faire notre auto-promo à l’antenne. Et puis on s’est rendu compte qu’il fallait absolument garder une trace des grands évènements de ce monde.

Comment a évolué la maîtrise du son?

Pendant des années, on a été littéralement obsédés par l’horloge. Pour diffuser le journal toutes les demi-heures à la seconde près, on jouait sur la vitesse des éléments : on ralentissait une chronique, ou on accélérait une interview ! C’était même un gag entre nous, on calait nos montres sur le jingle de France Info.

Mais l’innovation technologique a dû vous faciliter la vie…

Pas tant que ça. On est passé du magnétophone aux bandes puis au tout numérique : finies les bandes, on devait faire de la radio avec des logiciels informatiques ! Etant les premiers, on a essuyé les plâtres : l’auditeur ne s’en est pas rendu compte mais certains sons ne partaient pas, étaient ralentis. Les deux premières années, on a galéré.

En revanche, l’arrivée du portable vous a t-elle permis de multiplier les interviews à chaud ?

Oui, mais on y est allé doucement, pour éviter les coupures, les grésillements. L’avantage, c’est qu’on peut accéder à tout le monde dans l’instant. Le 11 septembre 2001 par exemple, notre correspondante à New York était dans un café. On l’a appelée pour qu’elle raconte en direct ce qu’elle voyait.

Quelles peuvent être les prochaines évolutions sonores ?

La révolution du son a déjà eu lieu. Aujourd’hui le défi est dans le multimédia. Les gens vont vouloir de plus en plus écouter la radio sur leur écran d’ordinateur ou leur portable. La technologie nous oblige à nous remettre en question ! Encore une phase passionnante.

Recueilli par Laure de Charette