Caroline Fourest, féministe, laïque et controversée

POLEMIQUE Habituée des coups d'éclat, l'essayiste a été «bannie» de l'émission «On n'est pas couché» par Laurent Ruquier...

Dolores Bakela

— 

Caroline Fourest
Caroline Fourest — BALTEL/SIPA

Elle déchaîne les passions et initie les polémiques. En pleine promotion de son Eloge du blasphème (éd. Grasset), Caroline Fourest est au cœur d’une tempête médiatique depuis son altercation avec Aymeric Caron il y a une semaine dans On n'est pas couché sur France 2. Journaliste pour Charlie Hebdo, Le Monde, ou encore France Culture, essayiste, militante, Caroline Fourest a pris une place importante et controversée dans la vie médiatique française depuis deux décennies.

Caroline Fourest et ses engagements féministes

A la base de ses prises de parole et de ses ouvrages, ses prises de position, nombreuses et sonores pour la lutte contre l’extrême droite, contre les anti-avortement, pour la cause homosexuelle (pacs, etc.), le féminisme et la laïcité, notamment. L’apprentie-journaliste commence sa carrière en 1994 de manière tonitruante pour le magazine étudiant Transfac, avec un scoop sur la relation entre Tabatha Cash, l'ex-star du porno, et Serge Ayoub, alias Batskin, figure du milieu skinhead en France. Elle publie par la suite de nombreux ouvrages autour de l'extrême droite, seule ou avec sa compagne Fiammetta Venner, avec qui elle fonde la revue Prochoix en 1997.

Evoluant autour de mouvements associatifs se revendiquant comme féministes, Caroline Fourest a notamment été proche de Ni putes ni soumises. Habituée à susciter les controverses, elle avait critiqué Fadela Amara, alors présidente de l’association, qui rejoignait le ministère de Christine Boutin, «intégriste chrétienne, provie, antiféministe», comme elle l’écrit dans sa revue.

«L'imbroglio sentimentalo-feministo-mégalo-macho» Inna

Très proche des Femen, elle participe activement à la diffusion des actions du groupe d’actions spectaculaires au nom du féminisme en coréalisant le documentaire Nos seins, nos armes avec Nadia El Fani. L’intellectuelle publie également un livre, Inna, un hommage à la leader du mouvement ukrainien largement moqué par la presse, qui parle d’«un imbroglio sentimentalo-feministo-mégalo-macho dont vous pourrez vous passer » (Grazia), qui «n’évite ni les clichés [ni] la mise en scène de soi» (Les Inrocks).

Caroline Fourest a pour sa part écrit un «livre de rupture» avec la leader du mouvement des Femen, dont elle s'éloignera notamment à la suite d'un tweet (aujourd'hui effacé) décrivant la religion musulmane comme «laide». Elle continue d'affirmer sur son blog ne «pas regretter son soutien» à ces dernières, qui «malgré leur jeunesse et leurs maladresses (...), tiennent tête au sexisme, à la dictature et à l’obscurantisme».  

Le concept d'islamophobie? Non, merci!

Luttant contre tous les intégrismes religieux, Caroline Fourest, chez Charlie Hebdo au moment de la publication des caricatures dans le journal satirique est régulièrement montée au front contre l'islamophobie... mais pour critiquer le mot, dangereux selon elle, car forgé «par les mollahs iraniens et relayés par les courants islamistes». «La tendance Venner-Fourest tend à amalgamer islamisme politique et islam», notait Philippe Corcuff, un des membres de la rédaction aux Inrocks. En 2009, l'essayiste s'écharpe avec l'universitaire suisse et spécialiste de l'Islam Tariq Ramadan sur le plateau de Ce Soir ou Jamais en 2009. Ce dernier souligne les approximations, les erreurs historiques et les commentaires parcellaires, voire les mensonges de sa débatteuse. 

Son échange de samedi avec Aymeric Caron qu'elle avait qualifié de «con», arguant qu'il remettait sur le tapis une affaire judiciaire, qu'elle dit avoir gagné, et sans rapport avec l'objet de son livre, a fait ressurgir le doute autour des déclarations de Caroline Fourest. Car vérification faite par Buzzfeed, la procédure est encore en cours. «Menteuse», disent les réseaux sociaux, avec le hashtag #MenscommeFourest, les «approximations» de l'éditorialiste en tête. «Imprécise», leur oppose-t-elle. La méthode de Caroline Fourest pour ne pas reconnaître ses erreurs? Parmi ses détracteurs, des acteurs de la sphère antiraciste, à laquelle Caroline Fourest dit appartenir, ne l'épargnent pas, pour qui elle est "l'incendiaire qui allume le feu"

Caroline Fourest attaque régulièrement une de ses principales représentantes, Rokhaya Diallo, fâchée d'avoir été récompensée lors de la cérémonie satirique des Y a Bon Awards en 2012, initiée par l'association que R. Diallo pilotait alors et qu'elle ait signé le manifeste contre Charlie Hebdo en 2011. Les deux se sont régulièrement retrouvées dans le même type d'événements, comme lors de la convention de l'égalité organisée par le Parti socialiste en 2010. L'émission Le Tube sur Canal +, qui a consacré ce samedi un portrait à Caroline Fourest, posait la question: la prochaine étape pour cette personnalité médiatique, dont les prises de paroles portent à caution, serait-elle la politique? L'intéressée dément, pour le moment.