Jean-Marie Colombani, 13 ans et puis s’en va

— 

Après treize ans à la tête du «Monde», Jean-Marie Colombani a été désavoué par les journalistes devant lesquels il présentait sa candidature. Un mandat mouvementé qui a vu le «quotidien de référence» se transformer radicalement.

Jean-Marie Colombani était entré dans la rédaction du quotidien en 1977 comme journaliste politique. Auparavant, après des études de droit et un diplôme de Sciences Po, il était journaliste à l'ORTF affecté pendant trois ans au bureau de FR3 de Nouméa, en Nouvelle-Calédonie.

Il prend les rênes en 94

Au «Monde», sa progression est fulgurante: chef-adjoint du service politique en 1982, puis chef de ce service-clé de 1983 à 1990, rédacteur en chef puis, en 1991, adjoint au directeur de la rédaction.

Après l'échec de la candidature de Daniel Vernet à la succession d'André Fontaine pour diriger le quotidien, en 1991, Jean-Marie Colombani avait brigué la fonction de directeur-gérant, finalement attribuée, après de longs démêlés internes, à Jacques Lesourne.

Charismatique

Quand il devient finalement le cinquième successeur d’Hubert Beuve-Méry en 1994, Jean-Marie Colombani n’a que 46 ans, un âge encore tendre dans cette institution vénérable et prestigieuse dans la presse et le monde politique.

Charismatique, excellent orateur, auteur de plusieurs ouvrages politiques, il ne répugne pas à se rendre sur les plateaux de télévision pour passer sur le gril les grandes figures politiques du moment.

Attaques

Réélu sans encombre en 2000, il s'attache à transformer le quotidien en véritable groupe de presse, notamment sur le Net, multipliant les acquisitions et ouvrant le capital à des investisseurs extérieurs comme Lagardère ou le groupe espagnol Prisa. Une politique qui lui sera finalement reprochée.

Peu à peu, il devient la cible d’attaques plus ou moins violentes. En 2003, il est profondément touché par la parution de «La Face cachée du Monde», dans lequel il est vivement pris, avec le directeur de la rédaction d’alors Edwy Plenel, à partie par les auteurs. Plenel sera contraint à la démission.

Colombani y est dépeint en despote, maître en manipulation et menaces, tentant de se faire domicilier fiscalement en Corse ou manoeuvrant pour l'élection d'Edouard Balladur à la présidence de la République.

Autre charge, celle de Daniel Schneidermann dans son livre «Le Cauchemar médiatique», qui lui valut d'être licencié du «Monde». Il le décrit comme un homme «brutal certes, mais aussi attentionné, cynique peut-être, mais aussi sincèrement attentif aux bonheurs et aux malheurs privés de ses collaborateurs et qui, davantage qu'un journaliste, un patron ou un dictateur, est surtout un grand politique».