France Télévisions: Les chantiers qui attendent la nouvelle présidente

MEDIAS Delphine Ernotte a été nommée jeudi à la tête du groupe audiovisuel public...

Thibaut Le Gal

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Delphine Ernotte Cunci, en mai 2012, à Paris.
Delphine Ernotte Cunci, en mai 2012, à Paris. — CHAMUSSY/SIPA

Delphine Ernotte débutera son mandat «à compter du 22 août 2015», mais de nombreux dossiers trônent déjà sur le futur bureau de la responsable de la télévision publique. 20 Minutes fait le point.

Faire mieux avec moins

Delphine Ernotte devra continuer la mutation de l’entreprise publique avec des moyens limités. Son budget 2015 (2,85 milliards d’euros) prévoit un déficit de 9,8 millions d’euros (contre 38,4 millions de pertes en 2014). Le déficit pourrait atteindre «plusieurs dizaines de millions» si rien n'est fait pour redresser les comptes, indiquait en février le rapport de Marc Schwartz, ex-directeur financier de France Télévisions. La dotation publique sera probablement en baisse d'ici 2020, a averti le gouvernement. Certains craignent donc la nomination d’une «cost killer», qui pourrait dégraisser le mammouth France Télévisions.

Le groupe a déjà réduit ses effectifs, en passant l’année passée sous la barre des 10.000 salariés, dont 3.000 journalistes. Dans son plan stratégique rendu public vendredi par le CSA, la future patronne prévoit le «non-remplacement des départs» et une «modération salariale» afin d'«éviter tout départ contraint».

«Son principal défi sera d’établir la confiance avec les salariés. France Télévisions est une grosse boîte fragilisée par les restructurations», estime Dominique Wolton, directeur de recherche au CNRS. «Il va falloir trouver des ressources, le secteur public est sous capitalisé. Ses dotations, redevance, ou publicité, ne sont pas suffisantes», ajoute-t-il.

Cette réduction financière pourrait-elle entraîner la suppression d’une chaîne? «L'Etat considère que maintenir cinq chaînes hertziennes ne sera possible, dans le cadre économique des cinq prochaines années, que si des réformes de gestion ambitieuses sont réalisées», a prévenu le gouvernement en mars dernier.

Séduire les jeunes grâce au numérique  

La part d’audience de France Télévisions est tombée à 28,8% en 2014, contre 35% en 2008. Mais surtout, le public vieillit. La moyenne d’âge des téléspectateurs de France 2 atteint près de 58 ans et celle de France 3 dépasse les 60 ans. «Le vieillissement du public est problématique», reconnaissait fin mars Bruno Patino, directeur des programmes du groupe, qui ajoutait: «Pour parler aux jeunes, il faut utiliser leurs codes!»

«Afin de créer une passerelle directe avec les usagers, une nouvelle plateforme numérique, basée sur un algorithme de recommandation doit rendre la télévision de rattrapage plus accessible, sur le modèle de Netflix par exemple», propose ainsi Delphine Ernotte dans son plan stratégique.

«Pour créer une offre nouvelle, audacieuse et moderne, France Télévisions doit créer de nouveaux rendez-vous rassembleurs», a expliqué la future PDG, qui propose aussi «la création de nouvelles fictions» et d'un réseau social «autour de France 4».

 

Le projet d'une chaîne d'information numérique en partenariat avec France Media Monde, Radio France, et l'INA, est d'ailleurs maintenu. La future présidente évoque une éventuelle mise à l’antenne en septembre 2016.

Quid de la fusion des rédactions de France 2 et France 3?

«Sur ce projet, la future présidente est attendue», témoigne Didiger Givodan, délégué syndical SNJ de France Télévisions. «Ce dossier mobilise contre lui une partie des journalistes du siège. Il s’agit d’une OPA d’une rédaction sur une autre. Il convient de maintenir le pluralisme de France Télévisions et la spécificité de chaque chaîne».

Dans son projet, Delphine Ernotte propose de distinguer «clairement France 2, chaîne de flux, et  France 3, chaîne du patrimoine et du territoire. Elle propose ainsi de «rétablir une unité de commandement entre le National et les Régions» afin que «France 3 et France 3 régions soient enfin assemblés au sein d'une même chaîne».