L'Apple Watch et le défi de l'info en douze mots

MEDIAS Les médias américains expérimentent la montre d'Apple, officiellement lancée ce vendredi...

Philippe Berry

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L'Apple Watch dispose d'un écran de 38 ou 42 mm.
L'Apple Watch dispose d'un écran de 38 ou 42 mm. — P.PARKS/AFP

«Pourvu qu'Arnold Schwarzenegger ne fasse pas l'actualité.» Andrew Phelps, manager produit en charge de l'app du New York Times pour l'Apple Watch, ne plaisante qu'à moitié. Sur un écran de 4 cm, chaque caractère compte. Avec six lignes disponibles, le journal américain doit faire tenir «un article d'une phrase» en une douzaine de mots –c'est encore plus court qu'un tweet. Bienvenue dans l'ère du «glance journalism», où l'information se consomme d'un regard.

«Simplicité, simplicité, simplicité»

Aux Etats-Unis, les principaux acteurs se sont lancés dans la course. CNN mise surtout sur les alertes et des flux personnalisés. Yahoo sur des micro-résumés de l'actualité mis à jour toutes les heures. Le New York Times sur des gros titres enrichis d'infographies, de listes en bullet points et d'emojis. «Compresser un article mobile sur le petit écran ne fonctionne pas. Il faut penser les contenus, des rédacteurs aux éditeurs, en passant par les développeurs, pour la montre», souligne Phelps. «La règle, c'est simplicité, simplicité, simplicité. Si le lecteur veut aller plus loin, il peut basculer à une version longue sur son smartphone en un clic.»

(Trois écrans de l'app du New York Times pour l'Apple Watch)

En 2015, Apple pourrait vendre entre 9 et 30 millions de montres, selon les prévisions des banques Merrill Lynch et Morgan Stanley. Dans le même temps, il s'écoulera plus d'un milliard de smartphones. Mais malgré la jurisprudence Google Glass, qui n'a jamais décollé, «les médias doivent expérimenter avec les nouveaux formats», estime Robert Hernandez, professeur de journalisme à l'université USC. «Même si la technologie meurt, il y a beaucoup à apprendre des itérations», juge-t-il, rappelant le virage Web et mobile, raté par de nombreux groupes.

Ne pas devenir une nuisance

Expérimenter, BuzzFeed sait faire. Ce nouvel empire américain des médias, maître du LOL et de l'effet viral sur Facebook, dégaine deux apps pour l'Apple Watch: du cute avec des photos de chatons et du participatif avec des sondages. «On se concentre sur des expériences de moins de 20 secondes», détaille Ryan Johnson, vice-président de l'ingénierie mobile. Au-delà, le poignet tourné se fatigue. Pour l'instant, il s'agit «de comprendre comment les gens interagissent» avec un appareil encore mystérieux.

Si la montre a du potentiel pour les médias, «ils doivent faire attention à ne pas devenir une nuisance» avec des vibrations et des interruptions intempestives, avertit l'analyste Alan Mutter. Selon lui, il faut «offrir des réglages sur mesure». Robert Hernandez acquiesce. Une app au poignet «se trouve sur le corps de l'utilisateur. C'est un degré d'intimité et de confiance inégalé. Si vous abusez, vous serez effacés.» Sans même un regard.

Des contraintes techniques

Outre l'espace réduit, les développeurs font face à une restriction majeure: ils ne peuvent pas installer d'apps directement sur l'Apple Watch. Elles doivent être stockées sur un iPhone et communiquer avec la montre par Bluetooth. Du coup, elles sont encore assez lentes, et il faut ruser. «On a modifié notre police de caractères pour alléger les données échangées», précise Andrew Phelps. Cela devrait s'arranger plus tard cette année quand Apple ouvrira complètement son appareil –y compris ses capteurs– à ses partenaires.