Radio France: Vers la fin de la grève... Et après?

DECRYPTAGE La grève touche à sa fin à Radio France, après 28 jours d’un conflit sans précédent. Mais avec quelles avancées et quelles suites?… 

Anaëlle Grondin et Annabelle Laurent
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Le siège du groupe Radio France à Paris.
Le siège du groupe Radio France à Paris. — Remy de la Mauviniere/AP/SIPA

L’intersyndicale de Radio France s’est fissurée. Mardi, quatre des cinq syndicats la composant ont appelé à la reprise du travail. Le lendemain matin les antennes de Radio France ont ainsi commencé à retrouver leurs programmes habituels. Après 28 jours, la grève sera finalement levée ce jeudi 16 avril à partir de 13h00. Mais le conflit, lui, est loin d’être réglé. 20 Minutes fait un point sur la situation en quatre questions.

Où en est-on?

Malgré la nomination d’un médiateur, Dominique-Jean Chertier, le 9 avril, les grévistes estiment qu’ils n’ont toujours pas obtenu satisfaction. Lundi soir, la ministre de la Culture et de la Communication Fleur Pellerin s’est rendue à la Maison de la radio pour tenter de désamorcer le malaise ambiant auprès des syndicats. En présence de Mathieu Gallet, le PDG de Radio France, elle a souligné qu’elle se portait «garante du dialogue social et du retour à la confiance». Mais les syndicats restent hostiles: «Le président n’a tiré aucun enseignement de la grève. Cette mise sous tutelle est un signe que lui envoient le gouvernement et les salariés», commente Jean-Paul Quennesson, du syndicat SUD. Malgré tout, la grève sera levée ce jeudi à partir de 13h00.

Les négociations sont-elles au point mort, à l'issue de ces quatre semaines de conflit?

Non, répondent l’Unsa et SUD. «On a obtenu quelques avancées», souligne Philippe Ballet, responsable du syndicat Unsa Radio France. Parmi ces avancées, il note en premier lieu «l’abandon de la réforme des modes de productions et de la verticalisation des métiers et des moyens de production» (préavis numéro 2), «l’abandon de la réorganisation du service de propreté» (préavis numéro 1) ainsi que «l’abandon de la référence aux conclusions d’un audit externe dont on a contesté la pertinence». 

Que va-t-il se passer à présent?

«On entre dans une autre temporalité jusqu’à la fin juin, explique Philippe Ballet de l’Unsa. Avec la possibilité de faire un travail approfondi avec le médiateur d’ici là.» «Nous entrons dans une deuxième séquence  [avec le médiateur], qui devrait démarrer très rapidement», renchérit Jean-Paul Quennesson de SUD. Même s’ils ne sont pas satisfaits de la première séquence, conclue le week-end dernier par la présentation d’un premier texte de propositions de Dominique-Jean Chertier, Jean-Paul Quennesson insiste: «Nous sommes mobilisés et déterminés. La venue du médiateur a permis de préciser une méthode pour les mois à venir et il s’engage à ce que ses préconisations soient suivies d’effets.»

Sur quels enjeux précis porteront les prochains échanges?

Jean-Paul Quennesson répond d’emblée: «La question de l’emploi. Cela ne peut pas être la seule variable d’ajustement pour réaliser les économies demandées par l’Etat.» Le projet stratégique de Mathieu Gallet prévoit une réduction des effectifs (300 à 380 départs). «On pense qu’on peut agir sur les plus gros salaires et faire partir moins de monde», renchérit Philippe Ballet. La question du réseau des radios locales est aussi un enjeu majeur pour la suite. «La mutualisation des moyens devrait rester l’exception», martèle le représentant de SUD. Il est optimiste sur ce point. Ce mercredi après-midi à l’Assemblée nationale, Fleur Pellerin est allée dans ce sens, déclarant: «J'ai insisté sur l'importance vitale du réseau local dans les missions de service public de l'entreprise.  La mutualisation dans la production des programmes n'est pas et ne sera pas la règle de fonctionnement dans les antennes de France Bleu.» Il y aura également «des négociations pour le service d’accueil et sécurité, afin de maintenir ses effectifs», ajoute Jean-Paul Quennesson. De son côté, Philippe Ballet évoque la nécessité de travailler à améliorer la gouvernance de Radio France, dénonçant une «opacité» et une rétention des informations financières.