Pourquoi la revente de la chaîne Numéro 23 fait scandale

DECRYTAGE L’homme d’affaires Pascal Houzelot vient de revendre Numéro 23 au groupe NextRadioTV …

Anaëlle Grondin

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Pascal Houzelot, le patron de la chaîne Numéro 23 à Paris en avril 2013.
Pascal Houzelot, le patron de la chaîne Numéro 23 à Paris en avril 2013. — MARTIN BUREAU / AFP

Numéro 23 n’a jamais autant fait parler d’elle. La (toute) petite chaîne de la TNT «consacrée à la diversité» lancée fin 2012 par l’homme d’affaires Pascal Houzelot a été rachetée ce mois-ci par NextRadioTV, le propriétaire de BFM et RMC. Une acquisition qui fait grand bruit... même si Numéro 23 fait moins de 1% de part d'audience.

Une plus-value «scandaleuse»

Depuis l’annonce de ce rachat, certains reprochent aux actionnaires de Numéro 23 (dont Pascal Houzelot fait partie) de l’avoir revendue pour 90 millions d’euros alors que la fréquence lui avait été attribuée gratuitement par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) il y a un peu plus de deux ans. L’Etat ne va pas récolter grand-chose car les plus-values liées à la revente de ces chaînes sont taxées à hauteur de 5% seulement.  Lors d’une audition à l’Assemblée nationale le 8 avril, la députée PS Martine Martinel avait dénoncé: «Il est assez scandaleux qu’on puisse faire autant de bénéfice sur une ressource publique.»  Véronique Cayla, présidente d'Arte, s'est dite «choquée» par cette revente dans l’émission de France 5 Médias le mag dimanche. «Les fréquences sont un espace public, je trouve choquant qu'on puisse faire des fortunes aussi rapidement», a-t-elle déclaré. Dans Le Parisien ce mardi, l’ancien membre du CSA Rachid Arhab en rajoute une couche en affirmant être «révolté». 

La loi permet un «trafic» de fréquences 

Malgré la polémique, Pascal Houzelot est parfaitement dans son droit. Il est permis de céder une chaîne de télévision deux ans et demi minimum après son lancement. La vente de Numéro 23 respecte cette règle, qui permet ainsi le «trafic» de fréquences TNT, ressources rares.  Faut-il la revoir? La question a été posée par un député PS à Olivier Schrameck, le président du CSA. D’autant plus que ce n’est pas la première fois qu’une revente de fréquences fait jaser.  Bolloré a réalisé une belle opération en revendant Direct 8 et Direct Star à Canal+, par exemple. Le groupe AB a aussi revendu TMC et NT1 à TF1. «Selon moi, cinq ans incompressible [avant la cession d’une chaîne] serait le strict minimum, avance Rachid Arhab. L’idéal serait même d’obliger les propriétaires à rendre purement et simplement leur fréquence.» En attendant, la taxe de 5% sur la plus-value pourrait être quadruplée pour atteindre 20%. Selon Satellifax, Catherine Morin-Desailly, présidente de la commission de la Culture au Sénat, devrait proposer un amendement en ce sens.

Numéro 23 n’a pas respecté ses engagements et agace

Au moment de l’attribution des six nouvelles fréquences par le CSA, Numéro 23 était présentée comme un canal consacré à la «diversité». Dans les faits, la chaîne ne propose quasiment que des rediffusions d’émissions américaines comme X Factor USA , Amazing Race USA ou encore le concours de tatoueurs Best Ink. «Les quotas d’œuvres audiovisuelles sont respectés à l’exception du quota d’œuvres européennes aux heures de grande écoute», indiquait par ailleurs le CSA dans son rapport annuel publié en octobre 2014. «La diversité n’a été qu’un prétexte pour obtenir la fréquence (…) L’unique objectif des porteurs de ce projet était de planifier une belle opération financière», commente Rachid Arhab, qui, à l’époque, avait voté contre le projet de Pascal Houzelot. «Le fait que cette  vente intervienne juste après la fin des deux ans et demi minimum de détention d’une chaîne avant sa cession est assez parlant.»

>> Vous suiviez Numéro 23? Vous appréciez les programmes diffusés sur cette chaîne? Vous êtes déçu de sa disparition? Racontez-nous pourquoi dans les commentaires ou via contribution@20minutes.fr