« A l'inverse de Chirac, Sarkozy va réagir à chaud »

©2007 20 minutes

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Christian Delporte

Auteur de «La France dans les yeux.
Une histoire de la communication politique de 1930 à aujourd'hui» (Flammarion).

Chirac a fait sa dernière allocution télévisée hier. Comment résumer sa relation aux médias, par rapport à Sarkozy?

Chirac a toujours eu une relation très distante avec eux. Claude, sa fille, l'a volontairement isolé pour protéger son image. Ses interventions sont toujours balisées. Objectif, risque zéro! Chirac est aussi mauvais dans l'impro que Sarkozy est bon dans la spontanéité. On l'a vu dans l'émission ratée face aux jeunes sur TF1. Même pour ses interventions du 14 Juillet, il a ses notes sur le bureau ! Dès qu'il voit une caméra, Chirac se fige et reprend ses tics de langage et ses mimiques.

Pourtant, il s'est formé aux médias, comme le nouveau président!

Oui, il a dû s'entraîner au studio de télé du 4, rue de l'Elysée. Il paraît même que les cassettes vidéo de ses essais sont en train d'être évacuées discrètement de l'Elysée. Sarkozy aussi, mais lui est né avec la télé. Il a été bon très tôt. C'est peut-être génétique! Souvenez-vous face à Anne Sinclair en 1978, il avait un débit excellent. Du coup, il s'est fait inviter sur tous les plateaux télé. Il a du culot face à la caméra.

Sarkozy a dit qu'il donnerait des conférences de presse. Va-t-il squatter l'écran que Chirac boudait ?

C'est vrai que Chirac est très peu apparu à la télé [28 fois], ça ne l'intéressait pas. Il concevait sa com' comme Mitterrand : ne pas trop intervenir, pour que sa parole ait de la valeur. Sarkozy, lui, va vouloir réagir régulièrement à chaud. Il adore ça.

Chirac était-il aussi proche des patrons de média que son successeur?

Il était ami avec Lagardère père, mais pas un de ses intimes. Il ne voulait surtout pas cultiver ces amitiés, pour montrer que les médias sont indépendants. Alors que Sarkozy n'a pas honte d'aller sur le yacht de Bolloré.

Quelle ressemblance existe-t-il malgré tout entre ces deux bêtes médiatiques?

La fonction va rapprocher les profils. Le début d'un mandat est toujours marqué par des surprises médiatiques. Comme Giscard qui, en 1974, donne une conférence de presse ! Mais au fil des problèmes, Sarkozy risque de se replier, comme Chirac. Après l'ouverture vient souvent le temps de la bunkérisation.

Propos recueillis par Laure de Charette