Radio France: «Il faut sortir d'une logique purement budgétaire» pour l'économiste Julia Cagé

MEDIAS Julia Cagé, professeur d'économie à Sciences Po Paris, auteure de Sauver les médias, analyse pour «20 Minutes» le rapport de la Cour des Comptes qui épingle Radio France...

Dolores Bakela
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Julia Cagé en 2012
Julia Cagé en 2012 — BALTEL/SIPA/SIPA

Radio France est toujours en grève. Julia Cagé, professeure d'économie à Sciences Po Paris et auteure d'un ouvrage Sauver les médias, revient sur le rapport publié mercredi 1er avril par la Cour des Comptes, mettant en cause la mauvaise gestion de la radio publique. 

Le chantier 

Le rapport pointe la «dérive des coûts» de la rénovation de la Maison de la Radio, qui a quasiment doublé pour atteindre «430 millions d’euros», «son achèvement fait désormais peser une menace sérieuse sur son équilibre financier». «Il faut fermer au plus vite cette parenthèse du chantier, explique Julia Cagé. Emprunter comme le propose Mathieu Gallet, est une solution. Mais c’est une vision à court terme puisqu’il faudra bien à terme rembourser ce prêt. Ne pas le terminer en est une autre. Le mieux serait que l’Etat intervienne financièrement pour permettre, dans les meilleures conditions – et à moindre coût – de mettre enfin fin à ce chantier qui ne doit pas continuer à empêcher la bonne marche de l’entreprise.»

L’avenir des orchestres et les rédactions

La préconisation de la Cour de fusionner les deux orchestres semble «beaucoup plus cohérente que celle qui consiste à vouloir fondre les rédactions de France Inter, France Info et France Culture en une, assure l'économiste. Quiconque a passé un peu de temps à écouter ces trois radios peut voir à quel point elles répondent à des logiques éditoriales différentes, avec un public également très différent. Ces antennes sont complémentaires, pas substituables.»

Une trésorerie nulle pour 2014

Les résultats prévisionnels pour 2014 «lourdement négatifs» ouvrent «des perspectives inquiétantes pour les trois années suivantes» pour la Cour des comptes. «Si rien n’est fait rapidement, 200 à 300 départs volontaires sont envisagés d’ici 201, s'alarme Julia Cagé. Comment Radio France peut continuer à fournir des programmes de qualité avec une telle réduction de ses effectifs? Pourquoi l’objectif devrait-il être d’augmenter à tout prix la trésorerie? Radio France ne doit pas avoir des objectifs de rentabilité financière, il faut arrêter de parler de coût par auditeur et sortir d’une vision purement budgétaire. C’est à l’Etat de décider combien il est prêt à investir dans l’information de qualité des citoyens, dans l’audiovisuel public.»

Une gestion difficile des ressources

«Absence de contrats écrits» pour les intermittents ou introuvables, manque de contrôle des administrateurs, chargés du contrôle des dépenses de fonctionnement , de la «tenue de leur comptabilité», «du respect des procédures» et des «règles internes». «Il y a eu des dérives, convient Julia Cagé, la gestion doit être plus rigoureuse à Radio France, même sans objectifs de rentabilité financière. Le problème majeur ici est le recours à l'intermittence et aux CDD par Radio France quand ces journalistes, techniciens devraient de part la réalité de leur position être en CDI.»

Un manque d’anticipation

«Compte tenu des informations disponibles, l’État et l’entreprise auraient dû tirer, dès 2012, toutes les conséquences du nouveau contexte budgétaire», déplore la Cour des Comptes qui pointe la responsabilité des anciennes équipes dirigeantes de Radio France pilotées par Jean-Luc Hees et Jean-Paul Cluzel. Pour Julia Cagé, «c’est à l’Etat de prendre ses responsabilités dans le cadre du Contrat d’Objectifs et de Moyens (COM). Il doit prévoir des ressources suffisantes pour que Radio France puisse pleinement assumer sa mission de service public.»