«Le Net a été une mise en accusation des médias plutôt que des politiques»

INTERVIEW Alexandre Hallier, co-auteur du documentaire «La Campagne du Net», fait le bilan...

Propos recueillis par Alice Antheaume

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Benoît Thieulin, responsable de la Net campagne de Ségolène Royal
Benoît Thieulin, responsable de la Net campagne de Ségolène Royal — Arte TV/ La Générale de Production

Pendant des mois, une équipe de production a décortiqué la stratégie Internet des candidats à l’élection présidentielle pour tourner «La Campagne du Net», un documentaire diffusé ce mardi 8 mai sur Arte à 20h40.
«On a eu une vraie difficulté à filmer ce qui se passait sur la toile», confie Alexandre Hallier, l'un des auteurs. En effet, un écran d’ordinateur, par définition, n’est pas très télégénique. L’astuce? «Filmer les images urbaines de notre quotidien – des panneaux et des affiches dans la rue – dans lesquelles on a inséré des images plus petites issues du Net, raconte Alexandre Hallier. C’est une idée graphique au service du fond… pour montrer à quel point le Net s’est immiscé dans notre quotidien». Interview.

Comment les candidats à l’élection présidentielle se sont-ils emparé d’Internet?

On pourrait appliquer le dicton «montre moi ton site et je te dirai quel candidat tu es». Chacun a utilisé le web de façon différente. Nicolas Sarkozy n’a pas considéré qu’Internet serait le cœur de sa machine électorale. Il s’en est servi pour vendre son image comme un message publicitaire. Son site mettait en valeur des phrases assez ridicules telles que «I love Sarko» ou des chansons ultra populaires. Et ce, à un rythme industriel. Les vidéos étaient traduites en arabe, en portugais, en mandarin. Pour Nicolas Sarkozy, le Net est une télévision où la communication circule de haut en bas. Le seul but était de faire parler de lui mais le fond était inexistant.
Quant à Ségolène Royal, elle a pris le PS par le Net. Elle a réinventé la démocratie participative en jouant la carte de l’interactivité, du partage des informations et des connaissances. Et ce, bien avant le début de la compagne officielle.
Jean-Marie Le Pen a, lui, vite compris que le web était un canal de diffusion sans censure, un robinet ouvert au service du chef. Mais ses JT étaient ringards, sans interactivité. Car sa communication est très hiérarchisée, un peu comme celle Nicolas Sarkozy.
Enfin, François Bayrou est le seul qui soit vraiment internaute, le seul qui ait un usage personnel du Net. D’ailleurs son discours anti-système et anti-média était calibré pour la population d’Internet.

Après des mois de travail, quel bilan tirez-vous de la Net campagne?

Sur le Net, la campagne présidentielle a été très présente mais je pensais qu’elle le serait encore plus. Elle n’a pas eu d’influence sur le résultat final de l’élection. Il faut dire qu’il y a eu une erreur d’appréciation. La sociologie internaute n’est pas la sociologue de l’électorat français. Sur le web, on a affaire à une population souvent urbaine, jeune et diplômée.
Internet est un média alternatif qui manque encore de maturité et de crédibilité. La preuve? Le débat appelé par les acteurs d’Internet entre Le Pen, Sarkozy, Royal et Bayrou avant le premier tour n’a pas pu avoir lieu.
Globalement, le Net a été une mise en accusation des médias plutôt que des politiques. On y voit la crise identitaire que traverse le journalisme, la perte de confiance dans les médiateurs.

La Net campagne présidentielle aura-t-elle un impact sur les élections législatives?

Peut-être pas sur les législatives, mais sur les municipales de 2008, sans doute.

Et au-delà?

Au cours de la campagne présidentielle, on a vu émerger de nouvelles personnalités chargées d’Internet dans les partis. Quitterie Delmas (UDF), Benoît Thieulin (PS) et Julien Sanchez (FN) savent utiliser l’outil et savent comment tisser leur toile. Ils sont la nouvelle génération politique de demain.

A voir: Des séquences inédites du documentaire en ligne sur le blog d'Arte TV.

Dès le 8 mai au soir, le documentaire sera téléchargeable pendant huit jours ici.