«Le penchant pour l'alcool, c'est pas faux»

REACTION Valérie Lecasble, directrice d'i>Télé, a visionné la série «Reporters»

Recueilli par Laure de Charette

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Valérie Lecasble, directrice d’i>Télé :

Elle a visionné la nouvelle série de Canal + «Reporters» et nous livre ses impressions:

«C’est pas mal senti cette série ! Bon, sur une chaîne d’info en continu, on n’a pas le temps d’enquêter comme le fait le jeune investigateur. Ils ont croisé le travail que font les reporters pour assurer le JT quotidien avec celui des équipes d’un magazine d’information hebdomadaire type « Lundi Investigation ». Quoique ! On a bien été filmé Youssouf Fofana, le meurtrier d’Ilan Halimi, en Côte d’ivoire. On a eu quinze jours tendus, excitants aussi : il a fallu monter une équipe, couper les images trop choquantes, garder la confidentialité du scoop – seulement trois personnes de notre chaîne étaient au courant -, et ensuite, assumer les pressions, Sarkozy n’était pas content du tout !

A ce moment-là, j’ai eu les mêmes doutes que la directrice de l’info dans la série. Elle pousse son reporter à prendre des risques et en même temps, elle le freine parce qu’il faut rester crédible, sans faire de faux-pas. Mêmes cas de conscience pendant les émeutes en banlieue : on couvre ou pas ?

C'est difficile de chercher la vérité

Dans les dîners en ville, je suis étonnée d’entendre des gens accuser les médias de raconter n’importe quoi, ou croire qu’ils pourraient être journalistes eux-mêmes. Là, ils vont peut-être mieux comprendre combien c’est difficile de chercher la vérité, de ne pas se tromper. De trouver le bon dosage entre les risques qu’on prend et la responsabilité qu’on a.

J’ai trouvé le fait-diversier particulièrement juste. J’en ai vu des dizaines comme lui quand j’étais à l’Evènement du Jeudi ou à France Soir. Ils sont tout le temps sur le terrain, face à des histoires très dures qu’ils gardent pour eux. Le penchant pour l’alcool, c’est pas totalement faux ! Quand les témoins mentent, ce n’est pas facile de trouver la vérité, et de la leur faire dire.

L’ambiance dans la rédaction quand le journal est vendu à un autre actionnaire est pas mal rendue. C’est ce qui a dû se passer à Libé ou ailleurs. Je ne sais pas ce qu’a vécu Serge July mais en tant que directeur de la rédaction, il a dû être écartelé entre l’actionnaire qui veut faire de l’argent et sa rédaction, sa famille. Aujourd’hui, toute la presse quotidienne vit avec cette logique actionnaire là au-dessus de la tête.