«Une vraie plongée dans les coulisses»

REACTION Michel Mouton, prix Albert Londres a visionné la série «Reporters»

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Michel Moutot, reporter à l’AFP en charge du terrorisme, prix Albert Londres, devenu juré du prix.

Il livre ses critiques après avoir visionné la nouvelle série de Canal + «Reporters»

« L’ambiance des conférences de rédaction est justement retranscrite, avec ses engueulades, ses discussions autour des sujets. Tout comme l’histoire du rachat du journal, le rédacteur en chef obligé de mentir à ses troupes tout en essayant de garder son indépendance. C’est comme cela que ça se passe !

J’aime bien aussi, la mise en avant des professionnels de l’ombre dont le grand public ignore souvent l’existence : la chef d’édition qui lance les « top sujets » à l’antenne… Très bien vue. En fait c’est une vraie plongée dans les coulisses qui permet à ceux qui ne connaissent pas le métier de comprendre les mécanismes de l’info.

Quid des pigistes

En revanche, le trait est caricatural, appuyé, pour des raisons de dramaturgie. Forcément, dans un script, les temps morts d’une rédaction, les sujets qui ne se font pas, les attachées de presse qui appellent… ce serait emmerdant ! Alors on va de prises d’otages en tête nucléaires. Et on reste quand même dans le stéréotype du journaliste influent et légèrement incontrôlable. Quid des pigistes dont certains émargent péniblement à 800 euros par mois ?

Les plus crédibles : La journaliste politique confrontée à des hommes de pouvoir qui lui glissent au détour d’une conversation des petites infos, tout en la dragouillant un peu. Le fait qu’elle retrouve en face d’elle d’anciens camarades de promo de Sciences-Po, qui travaillent dans les cabinets ministériels. C’est très juste par rapport au recrutement social des journalistes aujourd’hui. Quant au fait-diversifier accro à la picole inteprété par Bouchitey, je l’adore. On en a tous connu des comme ça !

Croix gammée

Celui qui me gêne le plus est le journaliste d’investigation. Il est vraiment too much. Un gars comme ça, qui pourrit ses sources, met son fixeur bulgare en danger de mort… il peut tenir six mois et après, il doit changer de métier. Ce pur et dur prêt à tout, qui n’hésite pas à mentir ou manipuler, commet quand même une série de fautes professionnelles.

Au début, quand il se fait tatouer une croix gammée au milieu des hooligans, je l’ai pris pour un flic des RG infiltré ! Son attitude envers son fixeur est grave. Quand les envoyés spéciaux partent, le fixeurs restent, on ne peut pas jouer ainsi avec la vie des gens. Et, concernant la tête nucléaire qu’il va acheter qui qui tient sur ses genoux, c’est pas sérieux. Une tête nucléaire, il faudrait la moitié d’une pièce pour arriver à la caser !»