Politico, Le Huffington Post, Slate: Pourquoi les sites d’info américains veulent tous s’installer à Paris

PRESSE EN LIGNE Le 21 avril, Politico, site majeur d’info américain ouvre un bureau à Paris. Comme d’autres il a été convaincu par certains arguments de la capitale française. Les voici…

Alice Coffin

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Logo de Politico
Logo de Politico — Capture d'écran Politico

Non, tous les médias américains ne pensent pas comme Fox News que Paris est une ville dangereuse avec plein de no-go zones à éviter. Au contraire, certains semblent privilégier plus que d'autres la capitale française. C’est le cas des pure players le Huffington Post, Slate, Buzzfeed, et à partir du 21 avril, du site d’information politique Politico. Pourquoi ces gros médias américains ont-ils choisi Paris pour y installer un bureau et affirmer leur implantation outre-Atlantique?

Pas parce que c'est moins cher

«Ce n’est pas pour une question immobilière ou économique. Ils embaucheraient des gens moins cher en Italie ou en Allemagne ou dans des pays au système social moins couvrant, note Françoise Laugée, rédactrice en chef de La revue européenne des médias et du numérique (Editions IREC). Mais ce n’est pas un hasard, il y a des vraies raisons.» 

Parce que «mes enfants sont nés ici»

Pas toujours très rationnelles, certes... Matthew Kamenski, directeur de la rédaction de Politico Europe, dont le gros de la rédaction est installé à Bruxelles, explique ainsi à 20Minutes que si Paris, avant Londres, Moscou, Berlin ou Francfort, accueillera, près des Champs-Elysées, un bureau, c’est notamment... pour des raisons personnelles! «J’ai passé six ans à Paris, mes enfants sont nés ici, confie-t-il. Et puis je connaissais des journalistes prêts à se lancer. Et en plus un des partenaires de la joint-venture qui met en route le site avait déjà ses bureaux à Paris.» Voilà pour le conjoncturel.

Pour la langue

Mais il y a aussi des raisons structurelles. A commencer par la langue. «Tout le monde ne parle pas italien ou allemand, note Françoise Laugée, alors que la France c’est aussi tout un bassin francophone». Paul Ackerman, directeur de la rédaction du Huffington Post, se souvient qu’Ariana Huffington, la fondatrice, «avait une appétence pour le français», mais affirme surtout que «lorsqu’on veut se lancer au-delà d’un bassin anglophone et qu’on n’a pas la capacité de s’attaquer tout de suite à la Chine, le français a un gros potentiel, car cela permet de toucher l’Afrique, ce qui intéresse pas mal». A la suite de Slate France est en effet né un Slate Afrique. Et le Huffington Post existe en Algérie, au Maroc et en Tunisie.

Pour la force de la presse en ligne

Autre argument en faveur de Paris: «la force de la presse en ligne», estime Françoise Laugée. «La France est souvent considérée par les Etats-Unis comme le premier pays des pure players. Toutes les études mettent les références françaises en avant. Il y a l’aura de Mediapart, et puis ils voient bien, encore avec le lancement des Jours, par des anciens de Libération, qu'en France, ce sont des grands noms de la presse qui vont sur ce secteur, que le Syndicat de la presse en ligne compte de plus en plus d’adhérents. Cela donne envie et confiance aux Américains».

Pour l'amour du débat

Paul Ackerman confirme et précise: «Il y a une très nette différence en France. Je l’ai remarqué quand on s’est lancé dans d’autres pays. Il y a plus de trafic et plus de compétition ici avec d’autres pure players. Je pense que tout cela est lié aussi à l’amour du débat en France. Pour tout ce qui est débat intellectuel et politique, Paris est clairement devant.»

Le goût des pure players américains pour les sites français perçus comme de nouveaux Procope, ne devraient pas se démentir. «Depuis Charlie, conclut Françoise Laugée, le lien entre Paris et la presse semble encore plus évident.»