Pourquoi Pascale Clark n'a pas eu sa carte de presse

JOURNALISME Le cas de l'animatrice de France Inter met en lumière la situation de nombreux pigistes, intermittents ou précaires...

Alice Coffin

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Pascale Clark en DJ. Pour de vrai cette fois, en 2010, à l'Hôtel Kube.
Pascale Clark en DJ. Pour de vrai cette fois, en 2010, à l'Hôtel Kube. — Benhamou Laurent / Sipa

Pourquoi Pascale Clark n’a pas eu sa carte de presse? Il serait tentant de répondre que cela n’a pas grande importance. Sauf qu’au-delà de la réaction de l’animatrice et de son collègue Patrick Cohen, indécente pour nombre de leurs confrères et consœurs (lire encadré), l’affaire est utile pour comprendre la situation complexe des journalistes intermittents, pigistes ou précaires.

 

La Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels (CCIJP)  n’a pas renouvelé la carte de presse de Pascale Clark pour deux raisons. D’abord, parce qu’elle a estimé que la nature de l’émission relevait plus de l’entertainement que de l’information. La problématique des émissions hybrides, comme peut l’être Le Petit Journal, avait, d’ailleurs déjà suscité un débat autour de la Commission il y a deux ans. L’ensemble des membres de la CCIJP se doit à la plus grande confidentialité, mais l’un d’entre eux tient tout de même à souligner à 20 Minutes que les jugements de l’instance ne sont pas déconnectés de la réalité. «La Commission n’est pas hors sol, c’est une instance qui a les pieds dans la glaise et dans la profession», insiste-t-il.

Un film hommage à Pascale Clark

Deuxième motif et qui pourrait bien être la raison du refus, le statut de Pascale Clark à Radio France. Elle y est employée en tant qu’intermittente. Or, ce statut est administrativement incompatible avec celui de journaliste. Comme le sont d’autres statuts tels celui d’auto-entrepreneur. Un problème soulevé notamment par Profession: Pigiste, l’Association des journalistes pigistes.

De plus en plus d’employeurs paient les journalistes au cachet (intermittent), en droits d’auteur (auto entrepreneur), parce que cela leur coûte moins cher et leur impose moins de contraintes lorsqu’ils veulent faire cesser la collaboration. «Pascale Clark s’indigne d’une situation qui vaut pour de nombreux précaires et intermittents qu’on emploie de manière illégale comme journalistes, explique à 20 Minutes Emmanuel Guillemain d’Echon, président de Profession: Pigiste.

Paul Denton, journaliste au chômage, a produit un film humoristique sur le sujet. Il s’intitule «Hommage d'un journaliste pigiste précaire qui est SCP (Sans Carte de Presse) à Pascale Clark, qui l'est devenue.»

 

«Moi, explique Paul Denton à 20 Minutes, je n’ai jamais eu de carte de presse car je n’ai jamais réussi à atteindre le plafond requis par la Commission.» La Commission de la carte impose, de fait, que la moitié des revenus annuels émane d’une activité journalistique. «Par les temps qui courent, poursuit Paul Denton, c’est plus facile à dire qu’à faire». Beaucoup de journalistes doivent combiner l’exercice de leur profession avec d’autres activités, ce qui de fait, les empêche d’obtenir une carte. Une double pénalité, note Emmanuel Guillemain d’Echon, car «certains employeurs exigent la carte de presse pour recruter des gens, ou s’arrogent le droit de moins les payer s’ils ne l'ont pas». Un A'live spécial sur le sujet?

Coups de gueule à l'antenne

Annonçant que sa carte de presse n'avait pas été renouvelée, Pascale Clark a changé le programme de son émission A'live lundi soir et décidé de passer des disques. «DJ, on peut exercer sans carte professionnelle», a-t-elle commenté. En signe de solidarité, Patrick Cohen, qui anime la matinale, a découpé en direct sa carte de presse.