Le débat à la française, une exception oratoire

©2007 20 minutes

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Débat sans frontières. La joute verbale entre Sarkozy et Royal a passionné les télés suédoises, espagnoles, américaines, allemandes... Peut-être parce que leurs duels à eux sont sensiblement différents ?

Chili, 4 janvier 2006 : Michelle Bachelet et Sebastian Piñera s'affrontent lors du tout premier duel télévisé. « La situation était la même qu'ici, ­compare Teo Saavedra, collaborateur au Monde. Bachelet, taxée d'incompétence, a fini par prouver tout au long de l'échange qu'elle a la stature. Et Piñera se contenait tant bien que mal. » Mais les ressemblances s'arrêtent là. Le tête-à-tête de Santiago ne dure qu'une heure, stoppé net par trois coupures de pub, le temps pour les maquilleurs et les conseillers de soigner leur poulain. Surprise, à la fin, alors que le générique défile encore à l'écran, un chef de campagne se lève et lance à Sebastian Piñera : « Mais tu n'es pas un homme, comment peut-on mentir comme ça ? »

En Italie, les règles sont bien plus strictes, et pourtant les noms d'oiseaux fusent. 3 avril 2006 : Silvio Berlusconi et Romano Prodi se font face. Pas le droit de se couper la parole, temps de réponse limité à deux minutes. Berlusconi semble peu à l'aise, traçant nerveusement des lignes sur une feuille blanche. Mais très vite, le ton monte. « Prodi a traité son adversaire d'imbécile. Berlusconi ayant le sang chaud, il lui est rentré dans le lard [en le traitant de "curé"] », se souvient Maurice Olivari, correspondant à Rome pour TF1. Et les Italiens ont adoré : 17 millions de téléspectateurs ont regardé la Rai 1 ce soir-là, autant que pour un match de foot...

Aux Etats-Unis, le débat ressemble davantage à une partie de golf qu'à un match de ping-pong. 17 octobre 2004 : George W. Bush et John Kerry sont debout derrière leur pupitre. Cette fois, Bush n'a plus la bosse qu'il avait dans le dos lors du premier débat : était-ce un micro, un gilet pare-balles ou un faux pli ? La polémique se tasse. « C'était plutôt ennuyeux, se remémore James Graff, correspondant du Time à Paris. Chacun a déroulé son argumentaire. Du coup, les caractères et les stratégies de chacun ressortent moins. » Reste l'image. En 1960, Kennedy, zen et fringant, marque des points par rapport à Nixon, mal rasé et couvert de sueur. Ailleurs comme ici, le combat n'est pas que verbal.