«Le dispositif du débat a favorisé l'affrontement»

Propos recueillis par Alice Antheaume

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André Gunthert, sociologue et chercheur à l'EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) en histoire visuelle contemporaine, commente le dispositif du débat télévisé du 2 mai entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

Que dire du dispositif du plateau?

On avait une mise en scène très géométrique, une table en X avec un arrière plan qui donne de l'air, le tout sous une lumière très froide, bleutée. Comme si l'on était en plein jour. Comme si l'on était dans le laboratoire des X-Men 2.

Quel impact a eu le dispositif sur le débat?

Ce dispositif a accentué la bipolarisation et favorisé l'affrontement. On a assisté à un match très viril, à la fois sérieux et grave. Quasiment un match de catch. Il n'y a eu aucun moment de détente ni instant de connivence. Ce débat a été l'exact contraire du débat de samedi entre François Bayrou et Ségolène Royal. Ou même de l'affrontement entre Lionel Jospin et Jacques Chirac. Pour ceux-ci, l'atmosphère était très rigolarde: ils s'envoyaient presque des vannes, encouragés par les lumières chaudes et l'ambiance soirée du plateau de l'époque.

La façon de filmer Ségolène Royal était-elle différente de celle de filmer Nicolas Sarkozy?

Pendant la deuxième partie du débat, Nicolas Sarkozy était cadré par la caméra numéro 3, et non plus par la numéro 2, tant il était tourné vers les journalistes. Pour l'avoir de face, il fallait donc que ce soit une caméra latérale qui le filme. Ségolène Royal, quant à elle, était dans l'axe. Elle n'a pas lâché son adversaire du regard, une technique très mitterrandienne d'ailleurs. Ségolène Royal, on l'a vue uniquement de face, alors que Nicolas Sarkozy, on l'a vu de profil.

Et les journalistes présents sur le plateau?

Ils ont été incapables, à plusieurs reprises, de canaliser la discussion, de la faire dévier ou même de finir leurs phrases. Il y avait en outre une nette différence entre PPDA et Arlette Chabot, qui n'a posé qu'une seule question. C'est à se demander si Poivre d'Arvor n'aurait pas suffi.

Les compteurs du temps de parole figuraient sur le plateau comme des acteurs à part entière. Qu'en dire?

A 23h15, j'ai noté une différence d'une dizaine de minutes entre les compteurs et le temps réel. Les deux candidats parlaient souvent l'un sur l'autre, et pendant ce temps, les compteurs n'avançaient plus. Car ceux qui les géraient ne devaient plus savoir à quel moment appuyer ou stopper le chronomètre. C'est dire à quel point ce débat a été difficile à cadrer pour les organisateurs.