«Charlie Hebdo»: Philippe Val a peur pour les journalistes de l'hebdomaidaire

MÉDIAS L'ex-directeur de la rédaction craint que le magazine satirique ne puisse survivre aux attaques terroristes et aux mesures de sécurité entourent ses contributeurs...

J.M.

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Philippe Val, lors d'une conférence de presse de France Inter, en août 2013.
Philippe Val, lors d'une conférence de presse de France Inter, en août 2013. — MEUNIER AURELIEN/SIPA

Directeur de la rédaction de Charlie Hebdo de 1992 à 2009, Philippe Val a «peur». Pas pour lui, mais pour les actuels dessinateurs et journalistes, qui viennent de livrer ce mercredi le numéro 1179, après cinq semaines de non-parution. Dans une interview à la Radio Télévision suisse, il se «demande comment un titre qui est devenu tellement symbolique, mondialement symbolique, peut survivre journalistiquement à un enfermement dans un symbole, parce que Charlie Hebdo n’a jamais été dédié à une cause particulière.»

«On a déjà perdu une bataille»

Mais si Philippe Val a peur pour le journal, il croit surtout que c'est la crainte qu'éprouvent les journalistes qui va avoir raison de leur travail. «Est-ce qu'on peut travailler librement, faire des reportages, écrire, se balader dans la rue, avoir des rapports humains normaux, pour se nourrir, quand on est sous une telle menace? Est-ce que c’est encore possible.» Car la peur amènerait une autocensure «de façon sournoise». 

«On a déjà perdu une bataille», lâche-t-il au sujet des journaux qui ont refusé de publier l'avant-dernière une de Charlie représentant Mahomet, des Etats-Unis jusqu'en Europe. «Mon confrère du Jyllands-Posten n'a pas publié la couverture de Charlie, alors que c’est un homme courageux, libéral et intelligent, très accroché aux libertés démocratiques et à la laïcité. Il dit qu’il ne le fait pas, parce que les conditions de sécurité ne sont pas réunies. Donc on a perdu cette bataille, il va falloir regagner ce terrain mais je ne sais pas comment.»

«On a accusé Charb d'avoir exagéré alors qu'il n'était même pas encore enterré»

Enfin, Philippe Val revient sur la chronique de Delfeil de Ton, parue dans le Nouvel Observateur le 14 janvier. L’ancien d’Hara-Kiri avait écrit: «Je vais être désagréable avec Charb. Il était le chef. Quel besoin a-t-il eu d’entraîner l’équipe dans la surenchère?» C'est de la «lâcheté» pour Philippe Val: «On a accusé Charb d’avoir exagéré, mais c’est horrible, il n’était même pas encore enterré. Vous vous rendez compte de la lâcheté!»