SwissLeaks: La rédaction du «Monde» impassible après les propos de Pierre Bergé

PRESSE Pierre Bergé, actionnaire du quotidien, avait qualifié l’enquête de «délation»…  

20 Minutes avec AFP

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Pierre Bergé, l e18 mars 2014, à Paris.
Pierre Bergé, l e18 mars 2014, à Paris. — Lionel Bonaventure/AP/SIPA
  • L'enquête du Monde sur les comptes en Suisse de 100.000 clients internationaux n'a pas plu à l'un de ses actionnaires, Pierre Bergé.
  • Pierre Bergé a déclaré mardi qu'il «réprouve» les méthodes des journalistes, qui ont manifesté de l'indifférence.
  • Ce n'est pas la première fois qu'il critique la ligne éditoriale du journal: il avait traité l'un des journalistes de «connard».

La rédaction du Monde a accueilli avec flegme et un peu de fatalisme les propos de son actionnaire Pierre Bergé, qui mardi l'a accusé de «délation» pour avoir «jeté en pâture le nom» de personnalités mises en cause dans l'affaire Swissleaks.

Pas de communiqué de la Société de rédacteurs

«On finit par être habitué aux foucades de Pierre Bergé», a commenté le président de la Société de rédacteurs Alain Beuve-Méry. «Pierre Bergé sait très bien ce qu'est l'indépendance d'une rédaction, et il a signé l'accord qui stipule que le contenu éditorial du Monde ne dépend pas des actionnaires».

«Bien sûr je déplore les propos de Pierre Bergé, mais ce sont des propos tenus à l'emporte-pièce, qui comme souvent dépassent sa pensée. Je ne veux pas aller plus loin dans la polémique», a poursuivi le dirigeant de la SRM, qui ne comptait pas publier de communiqué.

Matthieu Pigasse «fier» du travail d'investigation

«Ce n'est pas pour ça que je leur ai permis d'acquérir leur indépendance. Ce sont des méthodes que je réprouve», avait déclaré Pierre Bergé mardi soir sur RTL. Matthieu Pigasse, autre co-actionnaire du Monde et vice-président de la banque Lazard, a lui aussi demandé le même jour à ne pas tomber dans la «délation», mais s'était dit «fier» du travail d'investigation du Monde.

Illustration de l'indifférence de la rédaction, Arnaud Leparmentier, directeur adjoint des rédactions, a d'abord twitté après les déclarations de M. Bergé «Personne ne réagit ?» avant de lancer avec ironie: «c'est beau l'indépendance» et enfin «Je propose @pvgberge directeur de la rédaction du Monde. Tout sera si simple». Enfin, il a ajouté ce mercredi à l'intention des «confrères bienveillants»: «Au moins, quand on ne lève pas de scoops, on n'a pas d'ennuis avec ses actionnaires.»

«C'est un non-événement. Déjà Bergé est intervenu ici ou là. Bien sûr les actionnaires ne sont pas censés s'exprimer sur le contenu éditorial ou laisser croire qu'ils peuvent le faire, mais il y a une forme de banalisation. La démarche éditoriale est claire et solide. Les journalistes n'ont pas envie d'y donner plus d'importance et ne sont pas inquiets de l'influence de ces propos sur leur travail», a commenté un journaliste du Monde, sous couvert de l'anonymat.

Les liens de Pierre Bergé avec Mohammed VI, mis en cause

Certains s'interrogent sur les motivations de Mathieu Pigasse ou Pierre Bergé dans ce dossier, rappelant que l'un est directeur de la banque Lazard et que l'autre a des liens avec le Maroc, dont le roi est mis en cause dans le Swissleaks.

Depuis qu'avec Xavier Niel, patron de Free, et Matthieu Pigasse il a racheté le Monde en 2010, Pierre Bergé s'en est pris plusieurs fois au journal sur divers sujets. Ainsi en décembre il a insulté le critique littéraire Eric Chevillard pour avoir critiqué un livre de Patrick Modiano et en avril 2013 protesté contre une publicité pour la «Manif pour tous» dans Le Monde.