60 ans d’Europe 1: «Etudiant en journalisme, je n'avais d'yeux que pour Europe N°1», se souvient Philippe Gildas

RADIO A l’occasion de l’anniversaire de la station, l'ex-directeur de l'antenne évoque ses souvenirs de la rue François-Ier du Top 50 à la création des Restos du cœur ...

Anne Demoulin

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Maryse et Philippe Gildas ont animés ensemble la matinale d'Europe 1 dans les années 1970.
Maryse et Philippe Gildas ont animés ensemble la matinale d'Europe 1 dans les années 1970. — BENAROCH/SIPA

Philippe Gildas a animé la matinale d’Europe 1 dans les années 1970 et a dirigé l’antenne de la station de la rue François-Ier dans les années 1980.  Aujourd’hui, il participe au Débat des grandes voix d’Europe 1, présentée par Sonia Mabrouk. A l’occasion de l’anniversaire de la station, il évoque ses souvenirs…

Vous avez débuté à Radio Luxembourg au début des années 1960, comment perceviez-vous alors la jeune station qu’était Europe N°1?

Oui, j’avais besoin de gagner ma croûte après mon service militaire et j’ai trouvé un emploi de nuit comme prête plume du rédacteur en chef du petit matin à Radio Luxembourg.  J’avais étudié au Centre de formation des journalistes et tous mes camarades et moi n’avions d’yeux que pour Europe N°1. Beaucoup de formateurs du CFJ travaillaient à la rédaction d’Europe N°1. Créée en 1955, Europe N°1 employait de jeunes journalistes, couvrait la guerre d’Algérie et diffusait beaucoup de jazz, avant de se spécialiser dans les musiques nouvelles avec Salut les copains.

La concurrence était-elle rude?

A l’époque, il n’y avait pas de concurrence entre les deux stations, mais plutôt un grand décalage, les journaux du week-end de Radio Luxembourg étaient enregistrés les vendredis après-midi! C’est avec les événements de 1968, qu’Europe N°1 et RTL se rejoignent sur le terrain de l’info.

Au milieu des années 1970, vous animez le 6-9 avec Maryse…

J’ai rêvé d’Europe N°1 pendant des années. Dans ma vie, le passage d’un média à un autre a été le fruit du hasard et des rencontres. Après un passage à la télévision et à Radio France, j’ai animé, aux côtés de Maryse, la matinale d’Europe N°1. Les années passées aux côtés de mon camarade Etienne Mougeotte en tant que directeur adjoint de la rédaction, sont du pur bonheur.

Et vous prenez la direction de l’antenne en 1981…

Au moment de l’élection de François Mitterrand, lors de bascule de la droite vers la gauche, mes patrons de l’époque ont estimé que je pouvais prendre ce poste, qui regroupait l’info et les programmes. Etienne Mougeotte m’a convaincu d’accepter.

Comment avez-vous vécu l’essor des radios libres désormais autorisées sur la bande FM ?

Le Top 50 a été ma première arme contre les radios musicales. Je ne voulais pas leur donner le loisir d’écraser avec une programmation 100% musicale. Europe 1 avait un savoir-faire sur l’info.  Le Top 50 a utilisé les instruments du journaliste au service de la musique. La seconde arme, vis-à-vis des radios libres, a été de collaborer avec elles, en faisant de nombreuses actions communes.

Et comment avez-vous eu l’idée du «Top 50» ?

Je voulais savoir quels chanteurs vendaient le plus. Il a fallu deux ans pour mettre au point la méthodologie. Je souhaitais que Pierre Lescure, qui m’a tout appris en matière de musique, s’occupe de la musique à Europe 1. Il travaillait pour Antenne 2 et n’a pas pu. Ce qui n’était pas prévu, c’était Canal+. Et le Top 50 a connu la gloire qu’on lui connaît. Europe 1 a été incontestablement la radio la plus proche de la jeune chaîne. Nous avons collaboré sur le Top 50, avec Coluche et les chroniqueurs d’Europe 1 sont venus dans Direct, le laboratoire de Nulle Part Ailleurs. 

Vous avez aussi remis Coluche à l’antenne?

Avec le Top 50, Europe 1 n’avait pas volé sa réputation de music and news, mais RTL était une radio où l’on s’amusait beaucoup. J’ai fait revenir Coluche et nous sommes devenus copains.  Il avait carte blanche. Maryse, à ses côtés, avait juste une sorte de pouët-pouëtC'est comme cela qu'il a lancé l’aventure des Restos du cœur en direct de la rue François-Ier.