«Charlie Hebdo»: Il n’y aura «probablement pas» de dessins de Mahomet dans le prochain numéro

DESSIN Riss, probable futur directeur de la rédaction de «Charlie Hebdo» affirme que le journal satirique n’est «pas monomaniaque de l’islam»…

Benjamin Chapon
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Un homme lit le dernier numéro de Charlie Hebdo à Paris le 13 janvier 2015
Un homme lit le dernier numéro de Charlie Hebdo à Paris le 13 janvier 2015 — Bertrand Guay AFP

Rescapé de l’attaque terroriste qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, le dessinateur Riss, probable futur directeur de la rédaction, a donné sa vision de l’avenir du journal satirique.

«L'impression qu'on ne voulait vraiment plus de nous»

«Je n'ai pas envie de renoncer à mon métier à cause de ces individus», a raconté Riss sur Europe 1. Même s’il a envisagé d’arrêter  «parce que le sentiment que vous avez quand vous subissez une telle violence, c'est de vous dire: «mais finalement, est-ce que les gens nous aiment ?» J'avais l'impression qu'on ne voulait vraiment plus de nous, à tel point qu'on a voulu nous supprimer.»

Les manifestations de soutien et le succès phénoménal du numéro des survivants, tiré à sept millions d’exemplaires ont mis un peu de baume au cœur au dessinateur de 48 ans, blessé à l’épaule durant l’attaque. «On ne se rendait pas compte à quel point on était important pour beaucoup de gens, au moins symboliquement.»

«Etre responsable, c'est défendre nos idées»

Le prochain numéro qui ne comportera «probablement pas» de caricatures de Mahomet devrait sortir dans les prochaines semaines. «Il faut voir avec l'équipe, qui est dans un état de fatigue physique, nerveuse, psychique, très importante. Même si l'envie est toujours là de faire Charlie Hebdo, il faut qu'on décide ensemble des modalités de la reparution du prochain numéro.»

Riss a également défendu le journal et explicité leur vision de la responsabilité du journal. «Pour nous, être responsable, c'est défendre nos idées. On n'est pas des monomaniaques de l'islam. On s'est toujours dit qu'on avait le droit, de temps en temps, de faire un dessin dessus. Notre critère, c'est l'actualité.»

L’équipe du journal ne comprend pas les attaques suite à la une de leur dernier numéro ni les réactions violentes: «On n'a jamais eu le sentiment de faire des choses très excessives. Même quand il nous est arrivé de dessiner un personnage supposé être Mahomet, ça n'a jamais été des dessins très agressifs. Ce sont des dessins un peu loufoques. Donc le sentiment que j'ai, c'est plutôt un sentiment de solitude… Pourquoi n'y a-t-il que nous pour oser défendre la laïcité? En fait, il n'y a pas grand monde qui défend la laïcité. Tout le monde est pour, mais qui défend concrètement la laïcité?»