«Charlie Hebdo»: Riss, probable successeur de Charb, veut «réinventer» le journal

MEDIAS Laurent Sourisseau alias Riss est sorti ce mardi de l'hôpital. Alors qu’il doit succéder à Charb à la tête de «Charlie Hebdo», le dessinateur s’est confié au «Monde»…

A.L.
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Riss, alias Laurent Sourisseau, va prendre la tête de Charlie Hebdo après le décès de Charb dans l'attaque du 7 janvier.
Riss, alias Laurent Sourisseau, va prendre la tête de Charlie Hebdo après le décès de Charb dans l'attaque du 7 janvier. — BALTEL/SIPA

Il a encore le bras en écharpe à cause de la balle qui l’a blessé à l’épaule. Laurent Sourisseau, alias Riss, qui devrait succéder à Charb à la tête de Charlie Hebdo -il le codirigeait- sort de son silence depuis l’attaque du 7 janvier dans une interview accordée au Monde.

«Un type en noir a surgi avec une mitraillette»

Riss se souvient de l’attaque. Il entend une première détonation, puis deux autres coups. «Tout le monde s’est levé, d’un seul coup, raconte le dessinateur de 48 ans. Tout le monde a compris que ce n’était pas normal. Et à cet instant, la porte s’est ouverte, un type en noir a surgi avec une mitraillette. Il s’est retrouvé nez à nez avec Charb. Et là, j’ai vu que les autres autour de moi essayaient de regarder à droite et à gauche, peut-être pour trouver une porte de sortie. Ils étaient debout. Moi, je me suis jeté par terre, face contre terre. Et à partir de ce moment-là je n’ai plus entendu que des sons. Et les sons en question, c’étaient des coups de feu. Pas de cris, pas de hurlements. Juste des coups de feu».

«J’étais angoissé à l’idée que les tueurs viennent m’achever»

Il a pris une balle à l’épaule et «a fait le mort». Il a entendu les tueurs s’approcher de Charb, allongé à côté de lui. «Ils se sont attardés en disant: «Oui, c’est Charb, c’est bien lui», raconte Riss. Conduit à l’hôpital dont il vient seulement de sortir, le dessinateur raconte sa peur. «Au début, j’étais assez angoissé à l’idée que les tueurs viennent à l’hôpital m’achever. Je me demandais s’il n’y avait pas une autre équipe en sommeil, chargée de chercher les rescapés».

«Réinventer» le journal

Le dessinateur évoque ensuite l’avenir du journal, et le but immédiat: «reparaître». Il ne faut pas casser le fil rouge, dit-il, et le prochain numéro devrait paraître dans «les semaines à venir». Malgré les pertes de Cabu, Wolinski, Charb et les autres. Dans le domaine du dessin, «on a vu disparaître des poids lourds et ce n’est pas demain la veille qu’on trouvera des gens aussi extraordinaires», lâche Riss.

«Peut-être est-ce à nous de former les dessinateurs de demain, dit-il. Le dessin de presse, c’est un genre un peu marginal. Et un métier pas facile. Transmettre aux plus jeunes, c’était une obsession de Cabu, notamment quand il a vu arriver des gens comme Luz, Charb ou moi. Il a réussi. C’est à notre tour». «Il nous faut réinventer le journal. Il faut transformer cette épreuve en quelque chose de créatif. Ce n’est pas évident», dit-il encore. 

«On a le droit de dire "Je ne suis pas Charlie"»

Sur son futur rôle, Riss évoque une «dynamique collective qui donnera la direction». «Je vais diriger le journal mais je ne vais pas le diriger seul (...). Moi, je suis là pour donner des orientations, pour trancher quand il y a des problèmes, pour motiver».

Enfin, au sujet des gens qui n'ont pas voulu dire «Je suis Charlie», Riss répond qu'on «a le droit». «​La question est de le dire pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Si c'est pour défendre des terroristes, là j'ai du mal... Après, on est en démocratie. Tout le monde n'est pas obligé d'aimer Charlie».