Al-Jazira lève l'écran entre les candidats et les quartiers

CAMPAGNE «TF1 roule pour Sarko, France 2 pour Royal». C'est un air connu en banlieue, et même un refrain. Les candidats peuvent...

Laure de Charette

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« TF1 roule pour Sarko, France 2 pour Royal ». C'est un air connu en banlieue, et même un refrain. Les candidats peuvent donc difficilement s'appuyer sur les grands médias pour s'adresser aux habitants des quartiers. En revanche, Al-Jazira y est écoutée et respectée. Du moins par les parents, puisque les jeunes ne comprennent pas l'arabe littéraire parlé à l'écran. Or, Christine Ockrent l'a affirmé début avril à Sciences-Po : « Les candidats se servent d'Al-Jazira pour parler aux banlieues. » Vrai ?« Peut-être, répond Nour­redine Bouziane, l'un des trois correspondants à Paris de la chaîne d'info en continu qatarie. Nos rendez-vous d'information sont attendus comme des grands-messes, on concurrence TF1 en banlieue ! Alors, les candidats doivent penser que notre média peut leur permettre de se montrer sous un autre jour. » Les politiques changeraient-ils de discours face à la caméra qatarie ? « Au lieu d'asséner que les banlieues sont une zone de non-droit, Sarkozy ou Le Pen nous disent combien les Français d'origine étrangère comptent à leurs yeux », poursuit le journaliste. En décembre 2005, Nicolas Sarkozy a même profité d'un entretien accordé à Al-Jazira lors d'une visite au Qatar pour défendre la réaction « ferme » du gouvernement français face aux émeutiers et pour se poser en défenseur invétéré des musulmans de France. Pratique ! Mais pas tout à fait du goût du PS, qui avait officiellement condamné « cette interview donnée à Al-Jazira sur des problèmes de politique intérieure ».Les candidats draguent-ils pour autant ces rédactions ? « Non ! », affirment les QG de campagne de l'UDF et du FN, contactés hier. Et les journalistes d'Al-Jazira précisent qu'ils ne sont « ni chouchoutés, ni manipulés ». C'est en effet eux qui ont tenu à couvrir les déplacements de Le Pen en Corse, l'an dernier, et sur la dalle d'Argenteuil récemment. Reste une inconnue : il y a deux semaines, France 24 a lancé un canal arabe. Avec chaque jour quatre heures de décrochage, ponctuées par des journaux de dix minutes et des débats en arabe. Les politiques en profiteront-ils pour faire passer, non pas la voix de la France à l'étranger, mais leur voix en banlieue ?