Delfeil de Ton, ancien de «Charlie», accuse Charb d'avoir «entrainé l’équipe dans la surenchère»

MEDIAS «Je vais être désagréable avec Charb. Il était le chef. Quel besoin a-t-il eu d’entrainer l’équipe dans la surenchère?», écrit Delfeil de Ton, qui a quitté l’hebdomadaire en 1975...

M.C.

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«Je t’en veux vraiment Charb. Paix à ton âme.» Dans sa chronique hebdomadaire dans le Nouvel Observateur, Delfeil de Ton, ancien de Hara-Kiri, Hara-Kiri Hebdo et l’un des fondateurs de Charlie Hebdo, s’en prend à son ancien collègue, assassiné le 7 janvier avec une partie de l’équipe du journal satirique.

«Je vais être désagréable avec Charb. Il était le chef. Quel besoin a-t-il eu d’entrainer l’équipe dans la surenchère?», écrit encore Delfeil de Ton, 80 ans, qui a quitté l’hebdomadaire en 1975, puis une nouvelle fois en 1992, quelques mois après le lancement du «nouveau» Charlie.

«Charb qui préférait mourir et Wolin qui préférait vivre»

Il cite ainsi les paroles de Wolinski, lui aussi tué le 7 janvier, au moment où le journal avait été incendié en 2011: «Je crois que nous sommes des inconscients et des imbéciles qui avons pris un risque inutile. C’est tout. On se croit invulnérables. Pendant des années, des dizaines d’années même, on fait de la provocation et puis un jour la provocation se retourne contre nous. Il fallait pas le faire.» Delfeil évoque «Charb qui préférait mourir et Wolin qui préférait vivre.»

La chronique a indigné une partie de la rédaction, ainsi que Richard Malka, l’avocat de Charlie Hebdo. Selon Le Monde, celui-ci aurait envoyé un texto «scandalisé» à Matthieu Pigasse, l’un des actionnaires du Nouvel Observateur: «Charb n’est pas encore enterré que L’Obs ne trouve rien de mieux à faire que de publier sur lui un papier polémique et fielleux», aurait-il regretté, concluant «Je refuse de me laisser envahir par de mauvaises pensées, mais ma déception est immense».

Le directeur du Nouvel Observateur, Mathieu Croissandeau assume la publication de la chronique, «après débat»: «dans un numéro sur la liberté d’expression, il m’aurait semblé gênant de censurer une voix, quand bien même elle serait discordante», déclare-t-il au Monde.