VIDEO. «Il me le faut, c'est un collector»: files d'attente devant les kiosques pour «Charlie Hebdo»

TÉMOIGNAGES Les journalistes de «20 Minutes Paris» ont recueilli des réactions de Franciliens en quête de «Charlie Hebdo» dans leurs kiosques ce mercredi matin...

La rédaction de 20 Minutes

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Queue devant le kiosque de la place de la République
Queue devant le kiosque de la place de la République — Nicolas Beunaiche / 20 Minutes

D’habitude, à Paris, lorsque les gens font la queue sur le trottoir ou à l’intérieur des stations de métro à l’aube, c’est parce qu’ils ont oublié de recharger leur pass navigo avant le 1er du mois, que c’est jour de soldes, qu'un volume d'Harry Potter ou le dernier iPhone viennent d'être mis en vente. Ce mercredi matin, c’est devant les Relay H des stations Châtelet ou Vaugirard, sur les trottoirs de la place de la République, de l’avenue de Suffren ou de Ménilmontant, que les gens se massaient. Pour acheter un Charlie Hebdo qu’ils ne trouveraient pas, sauf à avoir fait la queue dès 6h du matin. 

«J’imagine qu’il n’y a plus de Charlie», devance un client du Relay Vaugirard. «Mais vous aviez dit qu’on peut mettre notre nom  sur une liste pour plus tard» quémande sa voisine. Saïd Anseur, le tenant, sort une feuille de papier, et ajoute les noms, en prévision des nouvelles livraisons à venir dans la semaine. «Quoi? Vous me dites que vous avez acheté Libération ailleurs que chez moi,  mais je ne mets pas votre nom alors!» lance-t-il en rigolant à une cliente. Il explique: «Cela me prend beaucoup de temps depuis ce matin, d’ailleurs je n’ai pas du tout pu m’occuper de la réception et l’installation des autres journaux. Mais c’est important, je le fais avec plaisir. Et puis cela permet aussi de fidéliser une clientèle». Qui reviendra sûrement. 

«Je suis tenace, je le veux, explique Emmanuelle devant le kiosque de Ménilmontant. Je reviendrai.» Ce qui ne veut pas dire qu’elle achètera les numéros suivants. «Je ne sais pas si je le reprendrai la semaine prochaine, note Danièle. Je ne suis pas toujours d’accord avec Charlie. Mais je veux ce numéro, il est collector».

«Je suis dégoûtée, le journal était en train de mourir»

Comme si depuis le mercredi 7 janvier, un rituel s’était instauré. Posséder chez soi un numéro de Charlie est aussi important pour beaucoup que pouvoir témoigner d’une participation à la Marche de dimanche. «C’est la continuité de la marche, de la mobilisation, estime Hélène, devant La Civette des Arts dans le 18e arrondissement. Cela ne s’est pas arrêté dimanche, on continue. Il faut que cela se perpétue.». D’autres clients sont moins enthousiastes. «Je suis dégoûtée, du temps de leur vivant, le journal était en train de mourir, déplore Laurence. Il a fallu un bain de sang, un carnage pour que tout le monde les réveille et les aide.»

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Car au-delà de la collecte de reliques, acheter Charlie est aussi perçu comme un acte de soutien. «Cela fait des années que je n’avais plus lu Charlie mais j’ai voulu le racheter par curiosité et surtout par solidarité», pointe Christiane, 66 ans, à Malakoff.

Des lecteurs du «Figaro» réclament «Charlie»

Pour d’autres ce sera une toute première fois avec Charlie. «J’ai vu des clients habituels qui ne lisent pas du tout ce genre de presse d’habitude, raconte le kiosquier de l’avenue de Suffren à proximité de la Tour Eiffel. La petite dame qui vient me prendre le Figaro à l’ouverture tous les matins je l’ai prévenue que ce n’était pas un journal tout public, elle a rigolé. Je ne sais pas si elle va vraiment le lire. J’ai beaucoup de personnel de maison qui achète les journaux pour leurs patrons le matin. Ils voulaient tous Charlie. Ils m’ont dit «Ah, je vais me faire engueuler si je ne le ramène pas».