Georges Wolinski, le doyen de «Charlie Hebdo», a été assassiné

MEDIAS Il était l’un de dessinateurs français les plus publiés et les plus prolifiques. Le caricaturiste de 80 ans est l’une des victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo...

Annabelle Laurent

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Georges Wolinski, 80 ans, est décédé dans l'attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015.
Georges Wolinski, 80 ans, est décédé dans l'attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. — ANDERSEN ULF/SIPA

Observateur amusé du monde, réputé pour son humour tendre et impertinent, il était le doyen de la bande, depuis le décès de Cavanna. George Wolinski, 80 ans, est l’une des douze victimes de la fusillade qui a visé ce mercredi matin la rédaction de Charlie Hebdo. Ses compères Charb, Cabu et Tignous font également partie des victimes.

>> La carrière de Wolinski, en images par ici 

Né à Tunis en 1934, Georges Wolinski était l’un des dessinateurs français les plus publiés, et l’un des plus prolifiques. Le dessin d’humour, la politique, la bande dessinée: Wolinski, reconnaissable à ses lunettes rondes, publiait dans tous les domaines, mais avec deux thèmes de prédilection: les femmes (il était «érotomane revendiqué») et la politique. Il venait de publier en septembre au Seuil Le Village des femmes, son premier roman graphique. 

De «Hara-Kiri» à «Charlie mensuel»

«Wolin», comme l’appelaient ses amis, était entré dès 1960 dans l'équipe de Hara-Kiri avant l'aventure Charlie Hebdo, puis celle de Charlie mensuel, dont il était devenu rédacteur en chef de 1970 à 1981. Il collaborait depuis 1968 au Journal du Dimanche (où il avait rencontré sa seconde femme Maryse), avait travaillé de 1974 à 1981 pour L’Humanité. Le Nouvel Observateur et Paris Match sont aussi quelques-uns des dizaines de titres auxquels il aura apporté son regard corrosif. 

Le JDD lui rend hommage ce mercredi

 

Paris Match a publié sur Twitter le dernier dessin de Wolinski à paraître demain: 

Près de 600 affiches publicitaires

Wolinski était aussi celui qui avait mis ses crayons au service de la publicité, avec 600 affiches réalisées, dont certaines campagnes d'envergure nationale comme pour IBM ou Mars. Ce travail lui avait valu d'être considéré aux yeux de certains comme un «vendu». «De gauchiste, j’ai été traité de «récupéré», c’était le terme à l’époque», expliquait-il lui-même il y a deux ans.

«Cabu et moi, on n’est pas vraiment des provocateurs»

Après une Légion d'honneur reçue des mains de Jacques Chirac en 2005, l'ensemble de son œuvre avait été consacrée, en septembre 2012, par une première rétrospective «50 ans de dessins», à la BNFL'anthologie de son œuvre Le pire a de l'avenir (Cherche-Midi) était parue en librairie. A cette occasion, répondant avec Cabu, l'autre «papy» alors âgé de 74 ans, aux questions de Paris Match, il déclarait: «Cabu et moi, on n’est pas vraiment des provocateurs. On ne cherche pas la bagarre. On n’est pas comme Siné, pour qui un dessin qui n’est pas censuré n’est pas un bon dessin. On cherche à faire de bons dessins marrants, qui fassent rigoler les gens. Parfois, on va un peu trop loin, mais les gens aiment bien ça.»

La même année, à Edouard Launet qui lui consacrait un portrait dans Libération, Wolinski avait confié ses dernières volontés. «Sur sa tombe, Wolinski verrait bien gravé ce mot de Cavanna: Wolinski, on croit qu’il est con parce qu’il fait le con, mais en réalité il est vraiment con.»