Attaque de «Charlie Hebdo»: Cabu, le créateur du Grand Duduche, a été assassiné

PRESSE Le caricaturiste, qui assurait la direction artistique de l’hebdomadaire satirique, est décédé, à l’âge de 75 ans, dans l'attaque terroriste de ce mercredi…

Anne Demoulin

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Cabu, scénariste et l'un des dessinateurs des hebdomadaires satiriques «Le Canard Enchainé» et «Charlie Hebdo», pose pour le photographe, le 15 mars 2006 dans son appartement.
Cabu, scénariste et l'un des dessinateurs des hebdomadaires satiriques «Le Canard Enchainé» et «Charlie Hebdo», pose pour le photographe, le 15 mars 2006 dans son appartement. — JOEL SAGET/AFP

Le papa du Grand Duduche est mort. «Parfois le rire s’étrangle, mais c’est notre seule arme, l’humour», confiait le directeur artistique de Charlie Hebdo, Cabu, dans une interview accordée à nos confrères de Ouest France le 27 décembre 2014. Le caricaturiste et auteur de bande dessinée, Jean Cabut alias Cabu, 75 ans, est décédé dans la fusillade qui a touché ce mercredi le journal satirique, a confirmé l'avocat de l'hebdomadaire à France Info et selon nos sources policières.

Cabu, l'anar antimilitariste

Cabu, diplômé de l’Ecole Estienne, a fait ses débuts dans les années 1950 dans l’Union de Reims. Il fait son service militaire pendant la guerre d’Algérie. «Mon antimilitarisme, je le tiens de la guerre d’Algérie. Malheureusement, je suis parti en Algérie en 1958, et l’adjudant Kronenbourg que je dessine parfois, je l’ai vraiment connu», expliquera-t-il à nos confrères de Ouest France. Un antimilitarisme et un côté anar qui lui valent de nombreux procès au cours de sa carrière: «En France, il y a toujours eu deux tabous, la religion et l’armée. Pour l’armée, ça s’est un peu tassé depuis que la conscription a été supprimée. En revanche, ça ne s’est pas calmé avec les religions. Autrefois, il n’y avait que les catholiques qui nous emmerdaient, désormais ce sont les trois religions monothéistes», analysait-il à Paris Match.

Démobilisé en 1960, il participe à différents journaux, dont l’éphémère Enragé. Il entre ensuite à Hara-Kiri, le journal «bête et méchant», créé par François Cavanna et Bernier (le professeur Choron). Il travaille également pour Pilote dans lequel il crée son personnage fétiche Le Grand Duduche, «un lycéen qui était du bon côté» et son négatif, le Beauf: «c’est le Français moyen, râleur qui a tous les défauts, qui n’a pas vraiment une réflexion personnelle, qui répète ce qu’il entend à la télé ou au bistrot», évoque l'artiste dans un entretien accordé au Petit journal.

Le dessinateur de «Récré A2»

Après l’interdiction de Hara-Kiri en 1970, il travaille pour Charlie-Hebdo et Le Canard Enchaîné. Dans les années 1970 et 1980, il publie de nombreux albums.

En 1982, Cabu intègre l’émission télévisée Récré A2 sur Antenne 2 où il dessine des planches en direct. «On s'étonnait de ma présence chez Dorothée. Mais pour un dessinateur, c'est le public idéal. Tous les enfants dessinent jusqu'à 12 ans. Dorothée, c'était comme leur grande sœur. Elle avait beaucoup d'humour», expliquera-t-il au JDD. Il illustrera de nombreuses pochettes de la chanteuse Dorothée. Il participe également à  l’émission culte Droit de réponse aux côtés de Michel Polac.

«Cabu, politiquement incorrect!»

La Ville de Paris lui rend hommage en 2006 avec l’exposition Cabu et Paris. Jérôme Lambert et Philippe Picard  lui consacrent la même année un documentaire Cabu, politiquement incorrect! La médiathèque Georges-Pompidou de Châlons-en-Champagne, sa ville natale, lui consacre pour la première fois une rétrospective. Au sujet de l'affaire des caricatures, il dira à Paris Match: «On a des procès. Mais quand on attaque les autres, il faut accepter d’être attaqué. Ce qu’on n’accepte pas, c’est des fatwas, des menaces de mort ou qu’on envoie deux cocktails Molotov dans la rédaction de Charlie

En 2010, il perd son fils, le chanteur Mano Solo. Ces dernières années, il était devenu le directeur artistique de Charlie Hebdo et intervenait régulièrement dans les colonnes du Canard enchaîné. De l'année 2014, il  avait retenu «le Djihad et la progression du Front national». Il avait caricaturé les deux. «Il faudrait retourner la bêtise contre elle-même, mais comment?», s'interrogeait-il.