Agence recherche amateurs

JOURNALISME Le «point de vue citoyen» colonise la télé, les journaux et même Reuters et Associated Press...

Laure de Charette

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Un incendie dans le métro : clic-clac, je mets la photo sur un site et hop, la voilà sur le fil d'une agence de presse internationale ! Les agences, parmi les plus fiables, s'ouvrent aux journalistes citoyens. La britannique Reuters achète depuis décembre des photos prises par des amateurs. Et l'américaine Associated Press met en ligne sur son site des articles rédigés par des plumes d'un jour sur le portail citoyen NowPublic.com. Un peu comme si l'Agence France-Presse allait faire son marché d'infos sur AgoraVox pour remplir ses dépêches.L'AFP n'en est pas là. Mais elle approche le citoyen... au Japon. Depuis hier, dix millions d'internautes nippons peuvent y commenter ses photos et les faire apparaître sur leur blog perso. A quand l'échange en sens inverse ? « On réfléchit à se mettre en cheville avec des agences photo citoyennes », confirme Paola Messana, directrice de la photo de l'AFP. Scooplive, qui vend des clichés aux journaux entre 100 € et 10 000 €, a d'ailleurs été approché par plusieurs agences de renom. « Mais elles voulaient prendre une commission de 40 %, c'est exagéré ! », estime son fondateur, Matthieu Stefani.Reste que peu d'agences font le distinguo entre un cliché pro et celui pris sur le vif par un quidam chanceux : Scooplive noie le tout sur son site ; et l'agence Getty Images, la toute première à avoir acheté ces jours-ci la banque de photos amateurs Scoopt, se contente de spécifier la source. « Pas besoin de sigles, je sais jauger la qualité d'une photo, ironise le chef du service photo d'un quotidien. Et puis, de Kennedy au tsunami, les meilleures photos de l'histoire ont été prises à l'arraché ! » Soit. Et le risque de canular ou de bidouillage ? « Nos éditeurs à Singapour vérifient que les photos reçues sont authentiques », tranche Steve Clarck, de Reuters. En fait, les agences se verraient bien en garants de la fiabilité des amateurs. « On ne veut pas que des patrons de presse ramassent ce qui traîne sur Internet pour remplir leurs pages pour pas cher », résume le délégué syndical SNJ à l'AFP. S'ouvrir au journalisme participatif pour mieux le contrôler, en somme.

tabloïds Par tradition, les tabloïds paient le lecteur pourvoyeur de scoops. En Grande-Bretagne, le Sun vient d’appeler ses trois millions d’acheteurs à débusquer les sites Web les plus dérangeants, moyennant pounds. En Allemagne, le Bild rémunère la photo de 100 € à 500 € depuis juillet. Et en France, depuis la mise en examen d’Axel Ganz, ex-PDG de Prisma Presse, le 29 janvier, la caisse de Voici qui aurait servi à payer cash certains indics n’est plus occulte pour personne !