Les télés étrangères ne font pas partie des programmes

PRESIDENTIELLE Les candidats se désintéressent des médias internationaux...

Laure de Charette

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L'envie est là, les moyens aussi, mais... La presse étrangère, et les télés en particulier, galèrent pour couvrir notre élection présidentielle. En janvier, CNN, la seule chaîne américaine qui conserve un bureau à Paris, a installé un studio sur les Champs-Elysées, avec terrasse et vue sur la tour Eiffel. Mais impossible de décrocher une interview de Sarkozy ! A part Charlie Rose, animateur d'un talk-show sur PBS, aucun journaliste étranger, même star en son pays, n'a eu droit à un tête-à-tête filmé avec le champion de l'UMP.Le lendemain du scrutin, Jim Bittermann, correspondant de CNN International dans la capitale depuis vingt-cinq ans, devra pour sa part se contenter d'accueillir en plateau des analystes, faute d'avoir pu rameuter le moindre proche des candidats. « Ça ne les intéresse pas de parler aux téléspectateurs étrangers. Ce sont les électeurs qu'ils veulent toucher ! » Dans ces conditions, difficile aussi de sortir un scoop ou de glaner des infos croustillantes. « On envoie des équipes sur le terrain, mais c'est vrai qu'un Français qui regarderait notre chaîne n'apprendrait pas grand-chose de plus », reconnaît Richard Porter, directeur de l'info de BBC World. Sans compter qu'il faut aussi trouver de quoi passionner l'ouvrier syrien ou l'ingénieur tokyoïte à dix mille lieues du débat franco-français. « Les clichés ont la vie dure, tranche Christine Ockrent, chroniqueuse sur France 24. L'enjeu pour le correspondant est de trouver le juste milieu entre l'image facile et la réalité, forcément plus complexe. » De fait, certaines télés étrangères se sont résolues à croquer d'un seul trait les principaux candidats. « Aux Etats-Unis, c'est Sarko le petit Napoléon pro-américain, Ségolène la Hillary française, et Bayrou le troisième homme », dixit l'éditorialiste américain Ted Stanger. Al-Jazira admet qu'elle « n'entre pas dans les détails». « Ce qui intéresse le monde arabe, c'est le phénomène démocratique et les grandes lignes de la France de l'après-Chirac, et non les scandales ou les coups bas », explique Ayache Derradji, correspondant à Paris. Exit les nuances, les trotskistes et les méandres de la campagne ! Journalistiquement frustrant.