Le prix Bayeux-Calvados rend hommage aux reporters de guerre

PRESSE Bayeux a remis samedi ses 21e Prix des correspondants de guerre à l'AFP, The Times, France Inter, la BBC et Arte dans un contexte d'intensification de la violence à l'égard des journalistes, encore nombreux à avoir perdu la vie en 2014...

A.D. avec AFP

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Diane(d) et John Foley(g), les parents du journaliste américain James Foley, et Maryvonne Lepage (c), mère de la photographe française Camille Lepage tuée en Centrafrique, devant le memorial dédié aux reporters de guerre, le 9 octobre 2014 à Bayeux
Diane(d) et John Foley(g), les parents du journaliste américain James Foley, et Maryvonne Lepage (c), mère de la photographe française Camille Lepage tuée en Centrafrique, devant le memorial dédié aux reporters de guerre, le 9 octobre 2014 à Bayeux — Charly Triballeau AFP

Le palmarès du Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre a récompensé, samedi 11 octobre, des reportages sur Bahreïn, la Syrie et la Centrafrique. L'Agence France-Presse (AFP), le quotidien britannique Times, France Inter ou encore la BBC et Arte font partie des médias récompensés. Ces prix ont été remis dans un contexte d'intensification de la violence à l'égard des journalistes, encore nombreux à avoir perdu la vie en 2014.

Un reportage sur les décapitations primé

Le jury international composé d'une quarantaine de journalistes et présidé par Jon Randal, correspondant de guerre pour le Washington Post pendant plus de trente ans, a récompensé dans la catégorie photo, le photoreporter de l'AFP Mohammed Al-Shaikh pour son reportage réalisé au Bahreïn, intitulé «La majorité chiite poursuit ses manifestations contre le pouvoir».

Quatre des sept prix décernés distinguent des reportages sur la Syrie. Le Prix du public a été remis à Emin Ozmen (SIPA Press) pour son reportage «Syrie: la barbarie au quotidien». Ce reportage montre en gros plan des décapitations de soldats de l'armée régulière syrienne par des djihadistes.

Ce reportage a sucité de vifs débats au sein du jury et a interpellé la profession, qui choisit généralement de ne pas publier ce genre d'images afin de ne pas relayer la propagande des bourreaux. «Cette réalité sanglante que nous vivons au Moyen-Orient, il faut que tout le monde la constate et que l'on agisse pour empêcher cela», a plaidé, quant à lui, le photographe turc Emin Ozmen.

Le travail en Syrie récompensé

Le prix de la catégorie TV, format court, a été décerné à Lise Doucet pour son reportage sur la ville de Yarmouk, diffusé sur BBC News et le prix dans la catégorie TV, grand format, décerné à Marcel Mettelsieffen pour Arte Reportage pour «Syrie: la vie, obstinément».

La Syrie toujours pour le prix de la catégorie presse écrite à Anthony Loyd avec son éclairage sur la difficulté pour les journalistes à couvrir le conflit syrien, «I thought of Hakim as a friend. Then he shot me» («Je pensais qu'Hakim était un ami. Et il m'a tiré dessus»), paru dans le Times.

Dans la catégorie radio, Olivier Poujade est récompensé pour son reportage «L'opération Sangaris dans le piège de Bangui», réalisé en Centrafrique pour France Inter.

«Les journalistes sont des témoins à supprimer»

Les 21e rencontres Prix Bayeux-Calvados demeureront marquées par l'hommage rendu jeudi aux journalistes décédés ces derniers mois, quelques semaines après les décapitations successives de quatre otages dont deux journalistes américains, James Foley et Steven Sotloff.

«Les journalistes sont des témoins à supprimer», constate tristement Christophe Deloire, directeur général de Reporters sans Frontière.«On a avec l'EI une poussée à bout de la perversité de l'instrumentalisation», avec l'annonce à chaque exécution du nom du prochain otage qui sera tué. «C'est un degré dans l'horreur qui n'avait pas été atteint», souligne Christophe Deloire, également membre du jury.

James Foley «est mort pour donner la parole à ceux qui ne l’ont pas»

Les parents de James Foley et la famille de Céline Lepage, journaliste de 26 ans tuée en mai en Centrafrique, sont venus jeudi se recueillir au Mémorial des reporters de Bayeux, qui rend hommage aux quelques 2.290 journalistes décédés depuis 1944 dans l'exercice de leurs fonctions. Une 28e stèle, avec les 113 noms des journalistes tués entre avril 2013 et août 2014, a été dévoilée.

Le témoignage de Diane et John Foley restera l’un des moments les plus émouvants de cette semaine riche en symboles. «James ne doit pas être mort en vain. Il est mort pour donner la parole à ceux qui ne l’ont pas». Ils ont, comme Maryvonne Lepage, la mère de Céline, appelé à Bayeux à «poursuivre l'engagement» de leurs enfants.

«Le nombre de journalistes tués en 2014 est déjà extrêmement élevé»

Un hommage particulier y a également été rendu à Anja Niedringhaus, photographe allemande de l'agence Associated Press (AP), 48 ans, tuée en avril en Afghanistan, à l'Afghan Sardar Ahmad, 40 ans, pilier de l'AFP en Afghanistan, tué en mars avec sa femme et deux de ses enfants par un commando taliban, et à Ghislaine Dupont, 57 ans et Claude Verlon, 55 ans, deux journalistes de Radio France Internationale (RFI) tués au Mali en novembre 2013.

«Le nombre de journalistes tués en 2014 est déjà extrêmement élevé - 51 - après 71 sur toute l'année 2013 et un triste record en 2012 (88)», a précisé Christophe Deloire jeudi.

Plusieurs centaines de personnes ont assisté à cette cérémonie dont les deux ex-otages en Syrie Edouard Elias (23 ans), photographe indépendant, et Didier François, d'Europe 1 (53 ans à sa libération en avril), un temps retenu avec James Foley.