Thierry Marx plonge dans l'ultraviolence de Tijuana

REPORTAGE Dans un nouvel épisode de «Passeport pour le crime», samedi à 22h30 sur 13ème Rue...

Philippe Berry
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Thierry Marx dans «Passeport pour le crime» à Tijuana, au Mexique
Thierry Marx dans «Passeport pour le crime» à Tijuana, au Mexique — Jaramillo Eduardo - 13ème RUE

De notre envoyé spécial à Tijuana,

A l'hôtel Paradis, il a trouvé l'enfer. Pieds et poings liés, il a été abattu d'une balle dans la tête. Une victime anonyme de plus dans la guerre de la drogue. «Un règlement de compte entre cartels, semble-t-il», commente Thierry Marx. Bienvenue à Tijuana, au Mexique, où le chef étoilé a joué les grands témoins pendant une dizaine de jours en février dernier, pour un nouvel épisode du documentaire Passeport pour le crime, diffusé samedi à 22h30 sur 13ème Rue.

En passant la frontière à pied, à 25 km au sud de San Diego, le béton, les barbelés et les fusils automatiques donnent le ton: Tijuana est une ville sous tension. Pourtant, le nombre d'homicides dans cette cité de 1,3 million d'habitants est à la baisse, de 850 en 2010 à 530 l'an dernier. «Avec l'affaiblissement du cartel Arellano Felix, il y a eu des accords pour mieux se partager le trafic», explique l'expert mexicain Victor Clark Alfaro. Selon lui, avec la prise de pouvoir du cartel Sinaloa, l'ultraviolence est moins médiatique et plus pragmatique. «C'est plus efficace pour le business. Il y a moins de décapitations et davantage de meurtres par balles.»

Les fantômes du canal

Des cadavres, Thierry Marx en a vu pendant sa première vie de parachutiste et de casque bleu au Liban. A Tijuana, il a surtout été marqué «la misère humaine». Dans une ruelle de la Zona Norte, c'est 20 euros la passe. «Pour deux positions, et 30 euros si la fille est nue», sourit une prostituée. Cette dernière peut voir défiler jusqu'à 20 clients par nuit. Si elle ne ramène pas assez d'argent, elle sera battue et violée par les «narcos», qui contrôlent le trafic de drogue et celui d'êtres humains.

Alors que de nombreux migrants bravent tous les dangers pour passer du côté américain, 100.000 Mexicains sont expulsés chaque année des Etats-Unis. Chassés du paradis, entre 1.000 et 3.000 survivent sur les rives du canal de Tijuana. Sous terre. Sans papier, sans-abri et sans emploi, ces fantômes ravagés par le crack et le meth ont creusé des trous de fortune et restent là, tout près de la frontière. Avec une paire de jumelle, ils pourraient presque voir ce mur interminable qui se jette dans l'océan. Le rêve américain, si près, et pourtant si loin.