Prison avec sursis requise contre le directeur de «Minute» pour sa une comparant Taubira à un singe

PRESSE Dans son édition du 13 novembre 2013, le journal avait publié une photo de la garde des Sceaux titrée «Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane»...

B.C. avec AFP

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La Une de l'hebdomadaire d'extrême droite Minute, le 12 novembre 2013
La Une de l'hebdomadaire d'extrême droite Minute, le 12 novembre 2013 — Pierre Andrieu AFP

Trois mois de prison avec sursis et 10.000 euros d'amende ont été requis ce mercredi contre le directeur de la publication de l'hebdomadaire d'extrême droite Minute, Jean-Marie Molitor, pour sa Une comparant la ministre de la Justice Christiane Taubira à un singe.

Dans son édition du 13 novembre 2013, le journal avait publié une photo de la garde des Sceaux titrée «Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane». Et ce alors que Christiane Taubira avait été la cible peu de temps auparavant d'injures racistes.

Une «surenchère» dénoncée par la procureur Aurore Chauvelot, pour qui le délit d'injure publique raciale est constitué.

Un dessin dans le dossier

La magistrate a en outre requis contre Jean-Marie Molitor un mois de prison avec sursis et 5.000 euros d'amende pour un dessin paru deux semaines plus tôt, qui faisait un rapprochement similaire. Contre le dessinateur, la magistrate a requis 2.000 euros d'amende, dont la moitié avec sursis.

Passé relativement inaperçu, ce dessin publié le 30 octobre représentait un singe, versant une larme, dont l'avocat déclarait: «Mon client porte plainte pour avoir été odieusement caricaturé en madame Taubira».

«Mauvais goût»

Après la parution de la Une qui avait suscité une vague d'indignation, la ministre avait dénoncé des propos «d'une extrême violence», qui «dénient mon appartenance à l'espèce humaine. J'encaisse le choc mais c'est violent pour mes enfants, pour mes proches et pour tous ceux qui ont une différence.»

Dans la presse comme devant les enquêteurs, le directeur de la publication de Minute, Jean-Marie Molitor, absent à l'audience, s'était défendu de tout racisme, reconnaissant que cette Une était de «mauvais goût».

Selon lui, l'hebdomadaire n'est «pas un journal d'extrême droite», mais «libre et indépendant». Il a assumé cette Une, selon lui issue d'un «travail collectif».

Verdict fin octobre

«On est en plein dans l'expression du racisme primaire», a plaidé Me Gérard Taieb, avocat du Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples), «le fait d'assimiler une personne humaine à un animal, c'est une injure faite à l'humanité toute entière».

A l'issue des plaidoiries de la défense, le tribunal correctionnel de Paris a mis sa décision en délibéré au 30 octobre.