Seules les présentatrices sont vraiment à l'honneur

JOURNEE DES FEMMES Retour sur le journalisme au féminin...

©2006 20 minutes

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Alain Weill, PDG de NextRadio, a envoyé, grand prince, une rose aux présentatrices de sa chaîne BFM TV pour la Saint-Valentin. Tout comme aux femmes reporters qui apparaissent à l'image. Mais il a omis de présenter ses hommages fleuris aux journalistes du « desk », ces voix qui commentent les reportages.Car dès qu'il s'agit de journalisme au féminin, tout se passe comme si n'existaient que celles qui crèvent l'écran. De Mélissa Theuriau à Laurence Ferrari, les « grandes de l'info » choisies par Tina Kieffer, directrice de Marie-Claire, pour soutenir son opération « La Rose » en faveur de la scolarisation des filles, sont toutes présentatrices. « Question d'efficacité, admet-elle. Grâce à leur notoriété, nous aurons un maximum d'écho. » Autre témoin de la fascination pour le glamour des présentatrices, la une du TéléObs paru la semaine dernière, sur « Nathalie Renoux, le sourire de l'info ». La « nuque gracile » ou les « oreilles dégagées » de la pilote du « 12.50 » de M6 y sont passées en revue.Mais à force de résumer la journaliste à une femme-tronc, on oublie que « la profession s'est beaucoup féminisée », comme le précise la commission de la carte de presse. La proportion des cartes délivrées aux femmes est passée de 37 % en 1995 à 44 % en 2006. « En France, les présentatrices sont classées à part, avec des salaires énormes. Au Royaume-Uni, elles ne sont pas parfaites physiquement et alternent avec du terrain », sourit Mémona Hintermann, en promo de son livre Tête haute.Autre élément occulté par l'omniprésence des présentatrices, aucune femme ne dirige le moindre groupe de presse. « Depuis que j'ai quitté la direction de L'Express en 1996, aucune n'a managé de newsmag », déplore Christine Ockrent, dont le livre Madame la sur le pouvoir féminin sort aujourd'hui. Mais il ne faut pas se leurrer : « Dans tous les pans de la société, la belle, pas trop vieille, avec mari et enfant est présentée comme un modèle obligé », décrypte Isabelle Germain, présidente de l'Association des femmes journalistes.

Raphaëlle Baillot