Natalie Nougayrède, ex-directrice du «Monde», part au «Guardian»

PRESSE L'ex directrice du Monde adresse un message à la rédaction, à la direction et aux actionnaires...

A.C. avec AFP

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La directrice du Monde Natalie Nougayrède le 7 mars 2013 au siège du journal Le Monde à Paris
La directrice du Monde Natalie Nougayrède le 7 mars 2013 au siège du journal Le Monde à Paris — Miguel Medina AFP

Natalie Nougayrède, qui avait démissionné de son poste de directrice du Monde en mai après avoir été contestée par la rédaction, a décidé de quitter définitivement le journal, indique-t-elle dans une lettre à la rédaction. Cette journaliste bilingue rejoindra au 1er octobre le quotidien britannique The Guardian, en tant qu’éditorialiste sur les questions internationales, précise un communiqué du Guardian.

Natalie Nougayrède, qui avait été la première femme à diriger Le Monde, avait été critiquée par la rédaction et les chefs de service qui lui reprochaient une gestion «autarcique» et des réformes menées sans concertation, après l’annonce en février d’un plan de mobilité prévoyant le passage d’une cinquantaine de journalistes du papier vers les éditions Web.

«J’ai décidé de quitter Le Monde pour aller vers de nouveaux horizons», déclare-t-elle. Notre journal (…) a connu au printemps dernier une secousse brutale. Les leçons doivent encore en être pleinement tirées au plan interne. Cette crise, profonde, a montré à quel point l’avenir du journal, qui a été recapitalisé en 2010 pour éviter le dépôt de bilan, met en jeu trois responsabilités croisées. Celle de la rédaction, confrontée à une impérieuse nécessité de réforme et d’adaptation aux changements technologiques (…). Celle de la direction du journal, qui ne peut réussir cette mutation sans une gouvernance claire, où les rôles sont précisément définis, aussi bien au sein du directoire qu’entre celui-ci et la direction de la rédaction.»

Un message aux actionnaires

Elle appelle aussi les actionnaires à «fournir au Monde les moyens financiers de sa transformation vitale à l’heure de la révolution digitale. Le directeur, ou la directrice du Monde, doit être directeur/directrice de la publication, conformément à sa responsabilité ultime de garant du contenu éditorial, de sa qualité et de son indépendance. J’ai à mon tour formulé cette demande avec détermination».

En mai, les propriétaires du Monde (Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre Bergé) l’avaient remplacée par un tandem: Gilles van Kote, directeur, et Jérôme Fenoglio, directeur des rédactions, séparant ces deux fonctions comme le souhaitait la rédaction. Auparavant, Natalie Nougayrède cumulait les deux. La crise avait atteint un pic début mai quand la rédaction avait adressé à Natalie Nougayrède un message de défiance et que sept rédacteurs en chef ou adjoints avaient démissionné. Comme Natalie Nougayrède, ses deux adjoints, Vincent Giret et Michel Guerrin, tout autant critiqués, avaient eux aussi quitté leurs fonctions. Le Monde fait face depuis l’an dernier à un contexte économique dégradé, qui pousse la direction à rechercher des économies: le quotidien a basculé dans le rouge en 2013, avec environ 2 millions d’euros de pertes, et sa diffusion papier a continué de s’effriter, quoique beaucoup moins que d’autres titres.

Pierre Bergé a réagi à cette annnonce.