20e Rendez-vous de TV France International: A Biarritz, l’Américain Netflix fait jaser

MEDIAS La plateforme américaine s’invite dans les conversations informelles au marché international dédié aux programmes français…

Anaëlle Grondin

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Le service de vidéo en streaming sur abonnement Netflix.
Le service de vidéo en streaming sur abonnement Netflix. — VINCENT LOISON/SIPA

De notre envoyée spéciale à Biarritz
 

Cette semaine, 266 décideurs du monde de l’audiovisuel venus de 64 pays ont mis le cap sur Biarritz. Leur objectif? Trouver des perles, parmi les fictions, magazines et documentaires français, et en acquérir les droits de diffusion. Plus de 60 sociétés membres de l’association TV France International (FTVI), chargée de promouvoir les programmes audiovisuels français à l’étranger, participent à ce rendez-vous annuel armées de leurs catalogues de nouveautés et de leur iPad.

Ce lundi, les rendez-vous entre acheteurs étrangers et vendeurs français se sont succédé dans un chaleureux brouhaha. Mais entre deux négociations, il n’est plus question de contenus et de chiffres. Les discussions informelles s’attardent souvent sur Netflix. Le service de vidéo à la demande sur abonnement, attendu en France la semaine prochaine, suscite la curiosité, l’agacement et aussi la méfiance des acteurs présents à Biarritz.

«Une dimension incroyable»

A midi, une acheteuse belge pestait dans les couloirs: «C’est fou, dès que Netflix bouge le petit doigt, ça prend une dimension incroyable. Les médias ont annoncé qu’ils avaient acheté la série "Gotham" comme s’ils l’avaient en exclusivité, s’étonne-t-elle. C’est faux. Elle sera disponible en VOD sur TF1 avant!»

Alors que certains se demandent si des acheteurs de Netflix sont venus à Biarritz «en sous-marin» pour négocier des droits de diffusion, Mathieu Béjot, le délégué général de TV France International, coupe court aux fantasmes: «Ils ne m’ont pas demandé d’accréditation», a-t-il assuré à 20 Minutes. «C’est peu probable qu’ils soient là. Ici, on négocie des droits pour une diffusion à l’étranger, ce n’est pas intéressant pour eux», en tout cas pour leur catalogue français. D’autant plus que Netflix n’a pas attendu aussi tard pour contacter les sociétés françaises en vue d’étoffer sa future offre hexagonale.

Des deals avec France Télévisions Distribution, Studio Canal, Gaumont

«Ils ont contacté tout le monde ces derniers mois, ils cherchent de tout comme contenus», lâche l’une des responsables d’une filiale de distribution d’un grand groupe français. Nathalie Bobineau, directrice distribution et licences à France Télévisions Distribution, confirme à 20 Minutes que Netflix a rencontré un très grand nombre de sociétés audiovisuelles françaises. «On a signé un accord avec Netflix pour tous les genres de programmes que l’on propose. Studio Canal et Gaumont aussi. Ce n’est pas un secret», avance-t-elle. Si «la plateforme est dans toutes les conversations», Nathalie Bobineau est l’une des seules à en parler sans tabou et en «on».

Doc en Stock, qui produit beaucoup de documentaires pour Arte, laisse entendre que certains de ses films se retrouveront certainement sur le service de vidéo à la demande. «Je crois qu’il y a des "deals" qui ont été faits via notre distributeur américain. Je ne sais pas s’ils concernent tous Netflix mais il m’a demandé des droits VOD et on a signé un beau pack d’une quarantaine de programmes», explique Betty Nocella, directrice des ventes de la société de production.

Certains attendent de «voir»

Lorsque nos interlocuteurs n’évoquent pas spontanément Netflix, nous leur demandons s’ils ont trouvé un accord avec plateforme pour y diffuser leurs programmes. Beaucoup de visages se ferment. Une grande société de production française nous indique qu’elle «ne "deale" pas avec Netflix pour l’instant», avant de s’empresser de nous demander de ne pas la citer. Comme elle, d’autres distributeurs attendent de voir ce que donnera le service dans l’Hexagone.

«Je ne vais pas négocier des droits sur mes contenus avant d’avoir vu ce qu’ils proposaient», s’exclame une responsable des ventes. Si ses confrères sont nombreux à suivre la même logique, Netflix risque de faire son arrivée ici avec un catalogue beaucoup moins fourni que prévu. Et de décevoir beaucoup de Français.