Le quotidien «Libération» renfloué à hauteur de 18 millions d'euros

MEDIAS Le journal «est sauvé», estime l'homme d'affaires Bruno Ledoux…

20 Minutes avec AFP

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Le logo du journal «Libération».
Le logo du journal «Libération». — M. FEDOUACH / AFP

Le quotidien Libération a été renfloué jeudi par ses actionnaires à hauteur de 18 millions d'euros, apportés principalement par Patrick Drahi, le patron de Numéricable, une recapitalisation prévue depuis des mois pour redresser le journal menacé de faillite.

«Bruno Ledoux, Président de la nouvelle holding du Groupe Libération, Presse Media Participation (PMP), et au nom de tous les actionnaires, confirme que l'augmentation de capital de Libération à hauteur de 18 millions d'euros a été signée ce jour», selon un communiqué.

«Une nouvelle page de l’histoire du journal» 

«Libération, par ce refinancement, est sauvé. Une nouvelle page de l'histoire du journal est ouverte», estime l'homme d'affaires Bruno Ledoux dans son communiqué. Le milliardaire Patrick Drahi, patron de Numéricable et bientôt de SFR, précise dans un communiqué séparé avoir participé à hauteur de dix millions d'euros, après avoir en déjà injecté en urgence en avril quatre.

Les versements effectués à Libération «seront échelonnés sur une période de douze mois», indique-t-il. Le principal bailleur de fonds est représenté au sein du journal par Marc Laufer, fondateur du groupe de presse NewsCo et ex-cadre dirigeant de NRJ et NextRadioTV. Marc Laufer et Bruno Ledoux détiennent ensemble la société PMP Holding (chacun à 50%), société contrôlant 85% du capital de Libération de Libération, les autres 15% étant détenus par de nouveaux investisseurs, qui ont versé les quatre millions restants.

Guichet départ

Selon une lettre aux 290 salariés - parmi lesquels 190 journalistes - dont l'AFP a obtenu copie, cette modification de l'actionnariat du capital entraîne l'ouverture d'une clause de cession jusqu'au 30 novembre, qui permet aux journalistes de bénéficier d'indemnités de départ avantageuses.

Les salariés qui décideraient de quitter Libération percevraient un mois de salaire par année d'ancienneté à Libération, et ce, sans plafonnement à 15 ans. Ceux qui partiraient le premier mois, c'est-à-dire jusqu'au 30 septembre», toucheraient 12.000 euros supplémentaires.

Importante chute des ventes

Reconnu pour sa liberté de ton au service d'un journalisme de combat, Libération traverse la crise la plus grave de son histoire, provoquée par une importante chute de ses ventes et une panne de trésorerie. En 2013, Libération a diffusé 100.000 exemplaires par jour, 58.000 de moins qu'en 2003, selon les chiffres de l'association professionnelle de la presse (OJD).

Bruno Ledoux avait annoncé en début d'année un projet visant à transformer profondément Libération en l'intégrant dans un groupe diversifié comprenant un réseau social, des contenus multimédia, un espace culturel, voire une «Libé TV». Ces projets ont provoqué l'ire de la rédaction, qui y a vu une grave menace sur le journal et sur ses valeurs.

«Nous sommes un journal»

Dans un mail qui avait fuité en février, M. Ledoux avait traité les salariés d' «esprits étriqués», qu'il fallait «ringardiser», ce qui a énormément choqué les salariés. Depuis, ils sont entrés en guerre ouverte contre les projets de M. Ledoux, qu'ils dénoncent quotidiennement dans le journal sous la rubrique «Nous sommes un journal». Pour redresser le quotidien, le tandem Joffrin-Hufnagel a été choisi en juin.

Le journaliste de 61 ans Laurent Joffrin, qui avait initié entre 2006 et 2011 le lancement du mensuel Next, une nouvelle formule du quotidien, a été nommé directeur de la rédaction du quotidien. L'ex-rédacteur en chef de Slate.fr, Johan Hufnagel, est devenu numéro deux du journal, chargé d'opérer «un vrai virage numérique», selon les propos de Laurent Joffrin.