Médias

Tous pour «Charlie » : la presse oublie ses doutes

A les lire, la décision de publier des caricatures de Mahomet était évidente. Le procès de Charlie Hebdo, marqué hier par le témoignage de François Bayrou, s’est clos dans la soirée, après que la procureure a requis la relaxe

A les lire, la décision de publier des caricatures de Mahomet était évidente. Le procès de Charlie Hebdo, marqué hier par le témoignage de François Bayrou, s’est clos dans la soirée, après que la procureure a requis la relaxe. Entre le Charlibération concocté par Laurent Joffrin mercredi, l’édito du Monde intitulé «Procès d’un autre âge» le même jour, et la double page du Parisien hier, les journaux soutiennent unanimement l’hebdo. Etonnant. Il y a un an, de nombreux patrons de presse et journalistes doutaient pourtant de la pertinence de la publication des dessins (20 Minutes avait publié le fameux dessin du turban). Le Figaro comme L’Humanité n’avaient pas jugé utile de les reproduire. Libération n’avait repris que deux dessins danois, tout en s’interrogeant.« Fallait-il en arriver à cette caricature de la caricature ? », écrivait Serge July, alors patron de Libé, le 9 février 2006. Un an après, son successeur a publié mercredi les dix caricatures danoises,dont les deux attaquées en justice. «Pourtant, quand on les a publiées, Libération s’est pincé lenez, expliquant qu’ils ne mangeaient pas de ce pain-là », se souvient Serge Faubert, ex-directeur de la rédaction de France Soir, premier journal à avoir repris les cartoons du Jyllands-Posten. «A l’époque, tout le monde m’était tombé dessus, me taxant d’irresponsable, limite d’extrême droite. On avait agi sans réfléchir, ou pour redresser notre situation financière. Le Monde nous a donné des leçons de déontologie pendant trois jours», s’emporte-t-il. Le quotidien du soir,qui finira par publier deux croquis quelques jours plus tard, se range désormais clairement derrière Philippe Val. Pour preuve, l’édito du 7 février 2007 : «Les religions sont respectables, mais elles ne peuvent se soustraire à l’analyse, à la critique, à la dérision.» Oubliées les hésitations? Contacté hier, Laurent Greilsamer, chroniqueur au Monde, reconnaît que « le climat a changé en un an».«J’étais partisan de la prudence, se souvientil. Je plaidais pour qu’on ne publie les dessins qu’à des fins d’information et d’explication, sans provocation. Mais aujourd’hui, je suis solidaire avec Charlie. Et je ne vois rien de contradictoire à cela !» Reste que le combat pour la liberté d’expression a clos le débat.

L. de C.