«La règle en France, c'est “on lèche, on lâche, on lynche”»

©2006 20 minutes

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Hélène Risser

Journaliste à Public Sénat, auteur des Faiseurs de rois (Editions Privé).

Vous accusez les médias de « former un couple infernal » avec les candidats. Ce n'est pas nouveau...

Il y a toujours eu une tradition de connivence en France. Mais les dérives sont pires que jamais. La concurrence entre les chaînes s'étant accrue, les stars politiques dictent désormais leurs conditions. Sauf sur des chaînes comme Public Sénat qui font moins la course à l'audimat... France 2 a invité Sarkozy pour une émission fleuve d'« A vous de juger », comme par hasard pile avant le début du décompte du CSA. Et il s'est retrouvé sans contradicteurs, une première. Les stars, Ségolène et Sarkozy, ont droit à des émissions sur mesure.

Mais quel intérêt les médias ont-ils à adouber les «stars» de l'élection ?

Ils les portent aux nues par empathie, plus que par calcul. Même si beaucoup de jeunes reporters ont vu en Ségolène Royal une chance pour leur carrière quand elle a émergé. En fait, ils manquent de regard critique. Surtout quand ils sont « embedded » [embarqués] auprès d'un candidat plusieurs mois. Et puis l'accélération de l'actualité pousse à la facilité. Après le problème de traduction lors du voyage de Ségolène au Proche-Orient, personne n'a interrogé le traducteur... On tend le micro à l'un puis à l'autre, faute de temps et de désir d'enquêter.

En même temps, jamais les Français n'ont autant participé au débat !

Les émissions politiques interactives, c'est souvent de la mise en scène, un simulacre de rencontre entre un homme et le peuple. Les journalistes doivent cesser leur moutonnerie et leur emballement permanents, sans « gadgétiser » leurs émissions. Qu'ils fassent preuve de pugnacité, à l'anglo-saxonne.

Ils le font ! A chaque bourde de Royal, ils ne la loupent pas. Vous dites même qu'ils la « méprisent »...

La règle des médias en France, c'est « on lèche, on lâche, on lynche », les 3 L. Quand elle était au top des sondages, ils ont dû s'intéresser à elle. Mais les faiseurs de roi traditionnels, les éditorialistes, n'ont jamais cru en ses qualités. Depuis le début, Royal les contourne, pour jouer la carte de la presse people. Si elle dévisse dans les statistiques, elle va se prendre le boomerang.

Recueilli par Laure de Charette