Caroline Huppert: «Je reproche aux chaînes de télé leur manque d'audace»

©2006 20 minutes

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Caroline Huppert

Réalisatrice, présidente du Fipa.

Vous êtes souvent critique envers les chaînes de télé. Que leur reprochez-vous ?

Un manque d'audace flagrant, dû à leur dépendance financière à la pub. C'est difficile à admettre, mais l'augmentation de la redevance est nécessaire : on a la télé qu'on mérite. Plus les chaînes dépendront de la pub, plus elles choisiront de passer des jeux bêtas, parce qu'ils font de l'audience et attirent les annonceurs.

Mais c'est aussi le boulot des chaînes de choisir des programmes susceptibles de plaire...

J'en ai conscience. Par exemple, le Fipa d'or de la série a récompensé un feuilleton russe sur la vie sous Staline, et je sais qu'il a peu de chance de trouver asile sur des grilles françaises. Cela n'empêche pas que le service public doit encourager ces productions exigeantes. Quand France 2 a passé le Chirac de Patrick Rotman ou La Traque des nazis en prenant le risque du prime-time, les téléspectateurs étaient au rendez-vous.

Vous admettez donc des progrès côté service public...

Le rétablissement de bonnes relations du festival avec France Télévisions est une des bonnes nouvelles de cette année. France 5 a même annoncé le lancement de la collection « Empreintes », 120 portraits de 52 minutes diffusés sur quatre ans. Cela dit, le boulot ne s'arrête pas au clap de fin du festival. Je vais maintenant appeler les chaînes pour les convaincre de diffuser du doc et de la fiction étrangers. Je ne vais pas lâcher l'affaire !

Pour les chaînes privées, c'est fini le documentaire ?

L'espoir est mince en effet. Mon souci du moment, c'est qu'elles ne réussissent pas à élargir le sens du mot « oeuvre » audiovisuelle comme elles tentent de le faire. Si elles y parviennent, elles toucheront de l'argent du Centre national de la cinématographie pour diffuser des jeux idiots de téléréalité ! Une catastrophe.

Est-il alors encore utile

de primer des auteurs

de documentaires ?

Oui. Le film Rarfah, chronique d'une ville dans la bande de Gaza, premier opus de Stéphane Marchetti et Alexis Monchovet, a tapé dans l'oeil du jury : nous lui avons décerné trois prix. Résultat, Patrick de Carolis a promis qu'il allait le passer sur France Télévisions.

Recueilli par Raphaëlle Baillot